[Je suis tombé sur ce texte de Jean Giono, le voyageur immobile de Manosque, qui a toujours été considéré comme un passéiste par les bien-pensants...
Mais n'y a-t-il pas un fond de vérité dans cet écrit ?
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"II est évident que nous changeons d'époque. Il faut faire notre bilan. Nous avons un héritage, laissé par la nature et par nos ancêtres. Des paysages ont été des états d'âmes et peuvent encore l'être pour nous-mêmes et ceux qui viendront après nous ; une histoire est restée inscrite dans les pierres des monuments ; le passé ne peut pas être entièrement aboli sans assécher de façon inhumaine tout avenir. Les choses se transforment sous nos yeux avec une extraordinaire vitesse. Et on ne peut pas toujours prétendre que cette transformation soit un progrès. Nos “belles” créations se comptent sur les doigts de la main, nos “destructions” sont innombrables. Telle prairie, telle forêt, telle colline sont la proie de bulldozers et autres engins ; on aplanit, on rectifie, on utilise ; mais on utilise toujours dans le sens matériel, qui est forcément le plus bas. Telle vallée, on la barre, tel fleuve, on le canalise, telle eau, on la turbine. On fait du papier journal avec des cèdres dont les croisés ont ramené les graines dans leurs poches. Pour rendre les routes “roulantes” on met à bas les alignements d'arbres de Sully. Pour créer des parkings, on démolit des chapelles romanes, des hôtels du XVIIe, de vieilles halles. Les autoroutes flagellent de leur lente ondulation des paysages vierges. Des combinats de raffineries de pétrole s'installent sur des étangs romains. On veut tout faire fonctionner. Le mot “fonctionnel” a fait plus de mal qu’Attila ; c'est vraiment après son passage que l'herbe ne repousse plus. On a tellement foi en la science (qui elle-même n’a foi en rien, même pas en elle-même), qu’on rejette avec un dégoût qu'on ne va pas tarder à payer très cher tout ce qui, jusqu'ici, faisait le bonheur des hommes.[...] Il n'est pas vrai que quoi que ce soit puisse progresser en allant de beauté en laideur. Il n'est pas vrai que nous n'ayons besoin que d'acier bien trempé, d'automobiles, de tracteurs, de frigidaires, d'éclairage électrique, d'autoroutes, de confort scientifique. je sais que tous ces robots facilitent la vie, je m'en sers moi-même abondamment, comme tout le monde. Mais l'homme a besoin aussi de confort spirituel. La beauté est la charpente de son âme. Sans elle, demain, il se suicidera dans les palais de sa vie automatique.

Jean GIONO, II est évident, in “La chasse au bonheur” Gallimard (1988), (Chroniques 1966-1970)
Bonjour ,
Pour moi , il y a plus qu'un fond de vérité dans ce qu'a écrit Jean Giono ..
Oui nos destructions sont innombrables et nous entretenons mal ou pas du tout certains lieux qui mériteraient tout notre respect .
Pour des communications et transports de plus en plus rapides on démolit tout sur le passage ,il faut que ce soit utile, rentable.automatisé .
Nous nous sommes créé des besoins et aujourd'hui nous sommes des consommateurs pollueurs . Quelle vie y a-t-il autour de Tchernobyl ? de Fukushima ? pour ne citer que ces deux lieux là .
Aux Etats Unis on fragmente les roches pour le gaz de schiste , résultats, des tas de problèmes environnementaux, climatiques , et territoriaux surviennent .
On saccage tout pour "la chasse au bonheur " ... on continue ... jusqu'où ira-ton .?
Bonsoir, Jean-Luc et Utopique

Ravie de vous lire...Je partage votre inquiétude...Ah! le déni et l'inconscience qui font que l'on persiste dans cette voie! Est-ce qu'un être vivant continue de croître jusqu'à la mort? Est-ce que nos ressources sont illimitées, est-ce que la croissance perpétuelle est possible?

Merci beaucoup de votre réflexion si bien documentée que l'on aimerait plus répandue...
Bien à vous,

Noemia62, amoureuse de la nature et de ses bienfaits.
" Une chasse au bonheur ", oui, Utopique, bien illusoire, qui en douterait aujourd'hui ?
Il est plus confortable de faire l'autruche pour ne pas voir le danger arriver, ce qui,
bien évidemment, ne l'empêchera pas pour autant de nous tomber dessus, ou sur la tête
de nos enfants. Mais que voilà un sujet qui dérange et qui fâche !
J'entends d'ici certains rétorquer : " êtes-vous prêts à vous éclairer de nouveau à la bougie ? ".
Sans aller jusque là, se tourner vers les énergies propres, et ne plus chercher à tout rentabiliser.
On fabrique de la mort, on consomme de la mort. Faut bien mourir un jour, certes, mais en ayant
respecté sa vie et la vie, surtout celle de notre terre-mère.
" Apprenez à vos enfants ce que nous apprenons à nos enfants, que la terre est notre mère.
Citation amérindienne ; Chef Seattle (1854).
(Attention! Réservé aux adultes !) Quand je vois ces perpétuels angéliques grimper aux rideaux parce que "on détruit la nature",je pense à Napoléon III.Personnage parfaitement méprisable (Sa lacheté à Sedan puis ensuite face à Bismarck) mais qui ,sur le plan intérieur,a pratiquement ouvert nos réseaux:
et routier et ferroviaire.Ces mèmes angéliques n'emmènent pas leurs rideaux pour utiliser toutes ces voies;pour se demander si on n'a pas,pour les ouvrir,du contourner le nid de LA coccinella emmerdosa
au prix de 10.00 francs-or.
La ("leur") planète n'est qu'une toute petite chose dans la jungle de l'évolution.C'est ainsi mais,dans X temps, les humains installés sur Mars ou autre viendront visiter la terre comme nous allons au Louvre.
Peut ètre que pour leurs musées à eux ils s'arracheront,aux enchères,des....petits morceaux de rideaux.