Liberté de Paul Eluard

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom
[…]
Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté.  

Ces vers que j’ai appris au lycée, qu’y m’ont donné tant de frissons et d’émotions. Ils raisonnent dans mon esprit sur une époque spéciale de notre histoire mais pas que… mais également sur ma propre histoire.

Ce mot « liberté » que nous servons à toutes les sauces, souvent à tort et à travers en oubliant combien il est difficile de pouvoir quantifier « la liberté »
J’ai pour slogan « Etre libre et Libre d’être », autant la seconde partie est réalisable autant la première est utopique et pourtant … je m’y accroche comme à une bouée de sauvetage, je souhaite être libre comme le vent ; Mais en fait à bien y réfléchir, je n’ai que contraintes et obligations qui font que ce n’est pas demain la veille que j’y parviens… Mais comme je suis rêveuse (non pas de sous-entendu) je continue de rêver de liberté… d’être sans attache et sans contrainte.
En écrivant ces mots, je me dis qu’en fait il s’agit peut-être simplement que d’une bonne dose d’égoïsme et de suffisance mais bon je vous en laisse la possibilité de juger

Du jour où l’on pousse la porte de la vie, avant même de sortir à l’air libre, on est déjà privé de liberté… Par le cordon ombilical et la poche amniotique tout d’abord, par la dépendance aux parents et leur « devoir » d’amour et d’assistance durant le premier quart de notre vie…Toute notre vie, que nous soyons jeune ou vieux, élève ou professeur, employé ou employeur, salarié ou chômeur, nous dépendons toujours de quelqu’un. Il va falloir apprendre à nous soumettre avec plus ou moins de rébellion au risque d’être marginal ou exclus … et je fais abstraction volontairement de la partie couple et séduction…

Par contre, je crois que nous sommes libres « d’être » et encore… Cela suppose une contrainte essentielle, celle de respecter l’autre de faire en sorte que la cohabitation avec autrui soit « gérable ». A part ça, nous avons tous le droit de refuser les acquis ou les conventions, de dire « Non », à la différence comme à l’indifférence, de dire ce que l’on pense –ou plutôt que l’on ressent - sans pour autant avoir un doigt accusateur nous désignant et surtout primordial à mes yeux au respect.
A ce titre je suis farouchement opposée au fait d’imposer quelque chose à l’autre quelque que soit la situation dans la vie privée comme dans la vie professionnelle, les règles doivent être clairement établies dès le départ et chacun doit s’y soumettre et les respecter… à partir de là nous avons le devoir de n’être pas victime et si un jour nous le sommes de quelque forme que ce soit il n’appartient qu’à nous de lutter contre.

Souvent par soucis d’éviter les problèmes, ou encore de vouloir protéger son confort ou sa famille, on a tendance en ne pas faire prévaloir ce droit à être considéré comme « unique » -comme tout individu- et l’on se renie. Mais jusqu’où sommes-nous capable, ou non, de revendiquer notre droit à « être »

Que vous inspire-t-il  à vous ce mot : « liberté » ?     
[quote A ce titre je suis farouchement opposée au fait d’imposer quelque chose à l’autre quelque que soit la situation dans la vie privée comme dans la vie professionnelle, les règles doivent être clairement établies dès le départ et chacun doit s’y soumettre et les respecter… [/quote]

Qui établit les règles ? Et quand il y a règles, n'y a-t-il pas déjà privation de liberté ?

La liberté est une utopie à moins de vivre en ermite.
J'ai toujours pensé que la liberté n'était qu'un mot. Il y a toujours des règles à respecter, un comportement à tenir et même si l'on veut la liberté d'être soi, c'est un travail de longue haleine tant on nous a, par la religion, par l'éducation, enfermés dans un moule.

Dom
Si on veut etre vraiment libre , on s'éloigne des autres , or , on en a besoin
La liberté est le concept qui désigne la possibilité d'action ou de mouvement sans contrainte. Or, tout autour de nous, comme l'a bien décrit Edel, dés notre naissance, est contrainte. Le lieu où la famille dans laquelle nous naissons, oriente inévitablement ce que sera notre vie. A nous d'essayer d'en faire ce qui nous permettra de nous sentir le plus libre possible. Ce gigantesque chantier de la vie débute à notre premier souffle et ne se termine jamais. Les décisions que nous avons à prendre, tout au long de la vie, ne nous permettent que très rarement de préserver cette précieuse et essentielle liberté...
C'est pourquoi, je pense que la plus grande liberté est celle de l'esprit, celle que les autres ne voient pas nécessairement mais qui, s'ils la ressentent, peut être délicieusement contagieuse. Il peut alors y avoir partage et échanges d'idées mais aussi, des actes qui feront de nous des êtres HUMAINS et LIBRES.

Hum... je me rends compte que tout ceci est peut-être un peu fouillis mais, j'espère m'être faite comprendre. Quoi qu'il en soit, merci Eldel pour ce sujet qui demanderait quelques tomes plutôt que lignes, pour y réagir.
Je voulais prolonger la contribution d'Edel sur au moins un point, la capacité de dire "non" et en quoi ce qui apparaît souvent comme "purement négatif" est en fait la condition nécessaire d'une attitude positive... mais au vu des premières réactions, j'ai plutôt envie de souligner ce qui m'apparaît comme un contresens. J'ai l'impression que c'est encore cette notion "d'absolu" qui vient faire des siennes, la liberté, ce n'est pas la faculté de faire n'importe quoi dans n'importe quelles circonstances, et en supposant qu'un être humain puisse agir exclusivement au gré de ses pulsions du moment, il ne serait pas libre mais complètement dingue.
Bien sûr qu'on ne vit pas sans règles ni principes, ni individuellement ni collectivement, c'est même ce qui permet de se respecter tant soit peu. J'ai oublié mes cours de philo, mais même en pratique et tout au long de notre vie, il me semble que la seule liberté qui existe c'est celle de choisir sa voie, de se fixer des règles avec lesquelles on est en accord, et éventuellement de décider de quelles contraintes il est légitime et salutaire de s'affranchir - c'est déjà une sacrée lutte, qu'on ne gagne jamais totalement.
Je suis globalement d'accord avec Odel, à un détail près

ODEL15 a écrit : Les décisions que nous avons à prendre, tout au long de la vie, ne nous permettent que très rarement de préserver cette précieuse et essentielle liberté...


Je pense que la liberté n'est pas une abstraction qu'on peut dissocier de nos actes, ces décisions SONT notre liberté... on est libre de se soumettre ou non, de se taire ou de se révolter, de s'enferrer dans une voie toute tracée ou de s'en échapper. Je ne vois pas la liberté comme un acquis, mais comme un combat permanent, qu'il s'agisse de notre destin individuel ou de l'émancipation des peuples.
Philemon45 a écrit : Je voulais prolonger la contribution d'Edel sur au moins un point, la capacité de dire "non" et en quoi ce qui apparaît souvent comme "purement négatif" est en fait la condition nécessaire d'une attitude positive... mais au vu des premières réactions, j'ai plutôt envie de souligner ce qui m'apparaît comme un contresens. J'ai l'impression que c'est encore cette notion "d'absolu" qui vient faire des siennes, la liberté, ce n'est pas la faculté de faire n'importe quoi dans n'importe quelles circonstances, et en supposant qu'un être humain puisse agir exclusivement au gré de ses pulsions du moment, il ne serait pas libre mais complètement dingue.


Bien sûr Philemon, il n'est pas question de faire tout et n'importe quoi, je répondais seulement à l'idée de liberté. Qui veut vivre socialement est privé d'une part de liberté "ma liberté s'arrête où commence celle des autres".
Reste la liberté de penser, de rêver, de dire non comme tu l'as dit, et de dire oui aussi. 
De quelle liberté parlez-vous? De vos "petites libertés" de tous les jours ou des libertés fondamentales?
Si des citoyens/nes de certains pays vous lisez, ils vous expliqueraient dans le détail ce qu'est le manque de libertés!!! Je pense aux femmes d’Afghanistan , à celles de l'Inde, pays que j'ai visité et là vous verriez ce que le terme "Liberté" veut dire.... Désolé d'avoir déranger votre conscience!!!
epsilon17 a écrit : De quelle liberté parlez-vous? .... Désolé d'avoir déranger votre conscience!!!


Epsilon tu ne déranges pas nos consciences et tu as raison en ce que tu énonces. Par contre ne t'arrête pas juste sur "une phrase choc" qui n'a apporté rien de plus que nous ne sachions déjà.
Développe le fond de ta pensée car c'est en ça que sert la controverse pas uniquement effleurer quelque chose sans aller au fond du sentiment de vide que tu as ressenti apparemment en lisant ce post et les commentaires afférents.
Ton ressenti ne peut être que constructif je pense
Epsilon, regarde bien autour de toi, nos "petites libertés" sont en train de partir en lambeaux.
Acharnée à la cause des femmes et des enfants, je n'oublie personne, et surtout pas mes soeurs d'Afghanistan ! 
Ici, en France, des petits sont martyrisés jusqu'à ce que mort s'en suive, on les prive de la liberté de vivre. Ici, en France, des femmes sont mariées contre leur gré, maltraitées, privées de leur liberté et de leurs droits.

Epsilon, c'est sûr qu'ailleurs c'est pire, mais ici, y'a du boulot, il suffit d'ouvrir les yeux.

Je crois que c'est un autre débat, je crois aussi que ceux qui participent à celui de la liberté ont chacun leur conscience très ouverte. 
DoMiDoM a écrit : Reste la liberté de penser, de rêver, de dire non comme tu l'as dit, et de dire oui aussi. 


Et la liberté de dire "non", la plus difficile à mettre en œuvre, qui relève avant tout d'une victoire sur soi-même, est bien une liberté d'action. Pour moi ça a été très souvent le moment fragile où on se sent seul contre tous dans une assemblée, avec le choix de "s'écraser" en se disant "à quoi bon ?", ou d'élever la voix, pour le principe ou pour réveiller l'opposition majoritaire, mais muette, de celles et ceux qui croyaient également être seuls en désaccord.

La liberté ne peut être que relative, c'est certain, mais ce n'est pas une raison pour nier sa réalité et la reléguer au rang d'une "idée" inaccessible. C'est à mon avis exactement le contraire de la formule d'Ivan Karamazov "si Dieu n'existe pas, tout est permis", ce sont les actes de rupture qui permettent à l'humanité de se donner une éthique et de la faire évoluer, les refus qui anticipent cette évolution et lui permettant de mûrir dans les consciences, y compris dans la sienne propre.
S'efforcer de ne pas reproduire les erreurs de ses aînés, s'affranchir de règles autrefois valides qui sont devenues des enveloppes vides et sclérosantes, accepter les contraintes qui permettent d'avancer sans remettre en cause les principes auxquels nous tenons... je trouve que c'est déjà un "programme" très ambitieux à l'échelle d'une vie humaine. Etre capable, en politique, de faire la différence entre compromis et compromission, et se rappeler le mieux possible que ce qui était "juste" à un moment donné est appelé à devenir un frein, une pesanteur, une coquille vide.

Je dirais bien "assez bavassé pour un dimanche matin", mais sur le plan individuel souligné par Edel, je pense qu'il ne faut pas resté obnubilé par les mots, et je m'estime bien plus "libre" en étant marié que certains célibataires de mon entourage, qui s'empressent de créer des rapports de dépendance par réflexe ou par besoin.
DoMiDoM a écrit : Epsilon, c'est sûr qu'ailleurs c'est pire, mais ici, y'a du boulot, il suffit d'ouvrir les yeux.

Je crois que c'est un autre débat, je crois aussi que ceux qui participent à celui de la liberté ont chacun leur conscience très ouverte. 


Autre débat, peut-être, mais je crois que les deux sont étroitement liés. Il y aura toujours, en France (mais peut-être pas davantage qu'ailleurs) ce que j'appelle des râleurs, virulents en paroles mais aussi lâches que conformistes, qui savent dénoncer mais ne lèveront jamais le petit doigt, ou rejettent la responsabilité des injustices sur quelques boucs émissaires. Effectivement, "y'a du boulot", il est très ingrat au quotidien, mais c'est toujours plus positif que de pester contre "les autres" et descendre en flammes toute perspective optimiste. Du temps de la RDA stalinienne, le chanteur dissident Wolf Biermann n'arrivait à "tenir" face aux brimades de la police politique que par le mot "Mut" (courage !).

P.S.et en bon internationaliste, je pense que le meilleur moyen de lutter pour la conquête des libertés chez "les autres", c'est de s'efforcer de la préserver et l'étendre dans son propre pays.
lainedever a écrit : Qui établit les règles ? Et quand il y a règles, n'y a-t-il pas déjà privation de liberté ?  La liberté est une utopie à moins de vivre en ermite.

Il y a en tout (même en ermite) un manque de liberté, par contre si des règles de départ sont établies et annoncées clairement il est possible "à l'autre" d'accepter et de vivre dans ce cercle ou de les refuser et de ne pas intégrer ledit cercle

DoMiDoM a écrit : c'est un travail de longue haleine tant on nous a, par la religion, par l'éducation, enfermés dans un moule.
 Entièrement d'accord Domie c'est pour cette raison que le mot "liberté" employé aujourd'hui à toutes les sauces me semble bien loin de sa définition première

Pascaldebagneux a écrit : Si on veut etre vraiment libre , on s'éloigne des autres , or , on en a besoin

Et même comme ça le sommes-nous vraiment ?

ODEL15 a écrit : ...C'est pourquoi, je pense que la plus grande liberté est celle de l'esprit, celle que les autres ne voient pas nécessairement ...
 
Cette partie de ton com me fait penser à une amie, élevée par une famille d'accueil violée par son "protecteur"  (jusqu'à la naissance d'un premier enfant à 14 ans mais ce n'est pas le sujet) dès l'âge de 7 ans... a eu un jour cette phrase -insoutenable pour moi à entendre et à intégrer, mais montrant la puissance de la volonté humaine - Il m'a violé, torturé et échangé mais ce n'est que physique mon "cerveau" il n'a jamais pu me le voler et je pouvais ainsi me détacher du corps jusqu'à en oublier les souffrances ... 

Philemon45 a écrit : ... il me semble que la seule liberté qui existe c'est celle de choisir sa voie, de se fixer des règles avec lesquelles on est en accord, et éventuellement de décider de quelles contraintes il est légitime et salutaire de s'affranchir - c'est déjà une sacrée lutte, qu'on ne gagne jamais totalement.

Effectivement ce n'est pas simple de dire "non" et souvent c'est plus facile pour éviter les confrontations (au mieux) ou les représailles qui en suivent -je parle en connaissance de cause- mais tout n'est ni blanc ni noir parfois dire "oui" peut-être une façon d'amener l'autre vers autre chose en douceur et donc peut-être une forme de liberté "diplomate" -ça j'en manque terriblement lol- 
Le sujet est tellement vaste que je ne me sens pas capable de l'aborder ainsi posé ... Je ne sais parler que de liberté individuelles ou de libertés collectives ...
Si la libre pensée m'a appris à refuser tous les dogmes philosophiques ou religieux, il m'a fallu du temps pour comprendre que c'est souvent moi-même qui posait seul, les plus grosses barrières ou les plus gros barreaux limitant l'exercice de mes propres libertés individuelles.
L'avantage de l'âge et de l'expérience c'est qu'ils me permettent de repousser tout ça le plus loin possible pour mon plus grand bonheur ...