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Je dois vous avouer que depuis toujours, j’ai entendu parler de son voyage en Amérique.
Il y à 59 ans de cela, j’ai fait la connaissance d’un petit homme à qui j’ai ouvert souvent ma boîte à rêves et ma boite à secret.
Contrairement à beaucoup, il était rigoureux, gentil, et altruiste.
Aussi, avant son départ tout son entourage aurait voulu lui dire des petits mots, qu'il aurait pu emmener, avec lui très loin. Mais personne n’a pu le faire.
Le passager qu'il est devenu lors de l’embarcation, avait des yeux de pluie et ce n'est pas à dos de chimères qu'il a embarqué. Dans ses bagages il a cependant emporté un arc en ciel et sur son cœur rapiécé autant que ceux des siens, des souvenirs d'un autres temps, intermède où hier et demain se rejoignent et je sais qu'à un moment ou un autre, il a pensé à sa Romagne, terre natale. Seulement alors, les yeux clos, il espérait, qu’un jour, il y retournerait. Ils ont tous voulu y croire, dans sa famille, ses amis et tous se sont dits, qu’à son retour il leur raconterait tous les instants de cette terre où tant d'émigrés ont foulé le sol, car il parle la langue de Dante et comme tant d’émigrés, il aurait voulu découvrir, cette terre, la tête pleine d'espoir. Il a embarqué, avec un cahier aux pages blanche et de suite il en a noircies les feuilles, tant il pensait et tant les choses lui étaient à cœur. Il a continué à écrire au fil des heures, de ses émotions et surtout, de ses possibilités. Impliqué comme il est auprès de tous, je sais qu'il a laissé en partant, tout son cœur en Italie.
TERRE EN VUE ...
AMERICA !
Dans les lettres qui suivirent, il expliquait que les paysans qui l’hébergé garderaient un bon souvenir de leurs travailleurs Italiens et même de l'admiration et de l'affection. Il disait aussi, que beaucoup de fermiers avaient lié des amitiés sincères. Le réveil était à 5h45 et l'extinction des feux à 22h00. A la fin de la journée, après le travail, il s'occupait de ses propres affaires .Une grande variété d'activités manuelles et culturelles étaient à leur disposition. Une liste impressionnante d'activités permettait aux travailleurs de suivre des cours d'anglais, de faire du théâtre, de jouer dans un orchestre de musique, de rédiger le journal du camp ou de jouer dans une équipe de football. Quelques uns d’entre eux écrivait-ils ont même pris des cours par correspondance dans les universités locales. Pour rassurer sa famille, le petit homme attestait qu’il se souviendrait de ces mois passés au-delà des mers et que cela resterait une expérience importante dans sa vie. Puis, ses lettres ont cessées d’arriver dans les petites mains de ma mère, car le petit homme au grand cœur, n’était autre que mon père.
La nation où il avait été envoyé en tant que prisonnier de guerre, n'avait jamais détenu un nombre aussi grand de prisonniers étrangers et n'était pas préparée pour les nombreuses tâches que cela impliquait, à savoir l'enregistrement, la nourriture, l'habillement, le logement, le divertissement, et même leur rééducation. Mais préparé ou pas, l’Amérique avait été soudainement confrontée à réceptionner des vagues importantes de prisonniers de guerre allemands et italiens. Plus de 150.000 hommes sont arrivés, suivi d'une moyenne de 20.000 nouveaux prisonniers par mois, dont mon père.
Il a fallu des années, pour tous les rapatrier après la guerre et beaucoup ne sont jamais rentrés chez eux, pour diverses raisons.
Trois ans après, ma mère, refusait de croire les commentaires, que son absence occasionnait.
Elle refusait de croire qu’il fut mort !
Elle refusait de croire, qu’il fut resté là-bas, pour une Américaine, comme beaucoup l’ont fait !
C’est ainsi, qu’un soir à la fête de San Vittore leur petit village Italien, alors que tous allaient danser, la jolie jeune femme qu’était Maman resta seule, assise sur le banc, devant sa maison…
Au loin, la musique arrivait jusqu’à ses oreilles, mais son cœur lui, ne fredonnait aucun air. De toute façon, se dit-elle, elle ne se souvenait plus depuis combien de temps elle ne chantait plus.
Trois ans peut-être…
Un refrain, la ramena loin dans le passé, à son mariage et à cette missive arrivée trois jours après le plus beau jour de sa vie, annonçant le départ de son jeune mari à la guerre.
Absorbée par tant d’amour, elle ne vit pas de suite, sur le sentier, plus haut, la silhouette qui venait à elle. Mais le bruit des pas, attira son attention, on aurait cru un militaire se dit-elle, ce qui figea son regard.
Quand il fut plus près, il s’arrêta, figé lui aussi.
La jolie jeune femme qu’était ma mère se leva et tremblante, sans un mot se jeta dans ses bras.
L’hurlement qui suivi, fendit le ciel…
E’ TORNATO !!! Il est revenu
BRUNO E’ TORNATO !!! Bruno est revenu !!!
C’est ce jour là je crois, qu’ils ont laissé le diable en enfer.
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Mon père aussi fut prisonnier de guerre, mais en Allemagne....
Ce n'était pas un grand bavard mon père, et sans doute aussi par pudeur, on a jamais trop su ce qu'il avait vécu là bas...
En tout cas, l'enfant que j'étais n'a jamais rien su.
C'est ainsi que les histoires, les douleurs et les secrets , enfouis au coeur des familles, s'éteignent avec leur protagoniste...

J'aime te lire, Plumette. :wink:
mon papa , aussi a été prisonnier de guerre: il a été arrété a Reims et déporté en Allemagne : jusqu'à la fin de la guerre, ils l'avaient mis dans une ferme!
j'ai ces papiers de prisonnier!
Hélas ils ne s'éteignent pas mais font partie de l'héritage trans-générationnel qui alimente bien des souffrances chez les descendants.même sans connaitre le "secret" ..
Belle et émouvante histoire Plumette.


Papa a été fait prisonnier 3 semaines avant ma naissance , je l'ai vu pour la première fois j'avais 5 ans je ne le raconte pas, je l'ai vécu ! .... c'est autre chose !
mon père aussi a été prisonnier de guerre en Allemagne et aussi en Pologne, il s'est évadé trois fois, la troisième fois était la bonne et avait été condamné par contumace, les fois ou il a été repris il a été fouetté jusqu'au sang, il avait des mauvais et des bons souvenirs avec ses camarades. Il a tenu un petit carnet, je vous avais mis un de ses poèmes qu'il avait écrit en captivité, et il y a dessus son passage dans différents camps tout est consigné. Je le garde précieusement.
Je grille mon dernier message du jour pour te remercier Plumette et pour te dire qu'à mon sens tu possèdes un véritable talent d'écrivaine...

Il fut un temps où j'avais une vingtaine de "fictions" écrites directement sur mon blog mais elles se sont envolées lorsque j'ai eu un moment l'idée de quitter le site... et perdues à jamais ne possédant pas de brouillons... bof la littérature s'en remettra :lol: !

j'avoue que j'aurais aimé pouvoir échanger un peu plus avec toi sur la littérature et le travail d'écriture... l'italianité entre autres
(origines italiennes et non Premium tout comme toi)
A bientôt
terrienne a écrit : Hélas ils ne s'éteignent pas mais font partie de l'héritage trans-générationnel qui alimente bien des souffrances chez les descendants.même sans connaitre le "secret" ..
Belle et émouvante histoire Plumette.


... Exact ! Héritage trans-générationnel effectivement douloureux à porter notamment s'il y a eu le fameux " non-dit "...
(Excellent fil de discussion)

Bon courage à toutes ces personnes qui en sont touchées


zzzzzz Blue.JPG
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terrienne a écrit : Hélas ils ne s'éteignent pas mais font partie de l'héritage trans-générationnel qui alimente bien des souffrances chez les descendants.même sans connaitre le "secret" ..

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chez nous on ne disait pas !

mot d'ordre du survivant qui n'a jamais été transgressé ni de son vivant n'y après sa mort .

voulez-vous que l'on vous fasse chialer ? devoir de mémoire "oui" ...mais ! gargarisme aussi souvent avec la douleur des autres qui est réveillée ... en faisant une belle page :arrow: .
Mon arrière grand mère a passé 3 guerres , née en 1869 , la première celle de 1870, son fils , mon grand père, était dans les tranchées , a été libéré en 1919, m'a légué son livret militaire et sa croix du combattant, puis celle de son petit fils ( mon père) en 1940.
Elle a donné pour son pays
@Uranie je parlais de la transmission trans-générationnelle .Deux formes de transmission familiale à différencier: la transmission intergénérationnelle (entre générations se connaissant) et la transmission transgénérationnelle (sur plusieurs générations parfois lointaines) d’une « tâche inachevée ». La première est claire et contient ce qui est connu, consciemment transmis comme dans votre cas . La seconde contient ce qui est tenu secret, caché, non dit, non su, souvent un traumatisme ou un deuil non résolu, mais encore actif. Pour les descendants ce peut être très lourd à porter car ils leur manque des " morceaux " parfois des pans entiers d'histoire.La thérapie psycho généalogique est une bonne aide qui opère un travail de libération, qui peut s’apparenter à un deuil, celui de la famille parfaite.

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:idea: "La guerre, c'est le massacre de pauvres gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent mais qui, eux, ne se massacrent pas ! (Anatole France, à propos de la Guerre qui a commencé en 1914). :wink:
cron