Je suis gourmande. Certains y verraient là un défaut, moi pas. Non, je suis fin gourmet.
Curieux, voilà un mot qui n’existe qu’au masculin ! Une gourmette est chacun le sait, tout autre chose. Passons…
J’aime les bonnes choses, j’ai un fin palais. Je me targue d’être une excellente cuisinière. J’écris un livre de cuisine. J’apprécie la délicatesse et le raffinement dans les choses de la table : mets mais aussi présentation de ces derniers, tables joliment juponnées de nappes blanches immaculées, service de qualité.
Me voilà donc récemment partie en weekend. Après m’être livrée à un autre de mes plaisirs favoris, les visites de musées, l’heure du déjeuner approchant, dans mes errances dans les ruelles riches d’histoire, je m’attarde à lire les menus proposés par les restaurants.
L’un deux attise plus particulièrement mes papilles. Le drapé du rideau m’empêchant de lorgner à l’intérieur pour y voir la clientèle attablée, je fais confiance au nombre d’étoiles pour ne pas me retrouver en paysage hostile.
Un maître d’hôtel m’accueille de manière fort conviviale, ouvre le rideau de velours cachant la porte d’entrée aux convives, prend mon vestiaire avant que de m’introduire dans la salle.
Je me trouve face à une tablée d’une vingtaine de messieurs. Ceux qui me font face s’arrêtent de parler, bientôt imités par ceux dont je ne voyais que le dos et qui se retournent.
Suis-je une bête curieuse ? Je ne suis pas une beauté, j’affiche un certain nombre d’années et un visage ridé. Mon maquillage n’est pas outrancier, ma tenue n’a rien d’osé, plutôt BCBG, dans le même « dress code » que ces Messieurs : tenue « pingouin » : tailleur et chemisier, sauf que j’ai troqué le pantalon pour la jupe et la cravate pour un joli foulard coloré. Mais, je ne suis pas accompagnée. Sans doute est- ce cela qui les intrigue.
Je suis le maître d’hôtel et traverse toute la salle jusqu’à la dernière table restée libre. Toutes les autres sont occupées par une clientèle masculine qui, à une exception près se retourne sur mon passage. Certaines en auraient peut - être été flattées. J’en suis gênée.
Avec une pointe d’humour je fais remarquer au maître d’hôtel que je suis la seule de mon espèce et lui demande si je n’aurais pas mis par mégarde les pieds dans un fief réservé à la gent masculine.
- Non, pas du tout ! C’est inhabituel ! me dit- il avec un sourire rassurant.
Je ne suis pas inquiète à vrai dire, juste un peu étonnée. Je ne suis pas dans une gargote et les costumes arborés par ces messieurs leur donnent un air civilisé.
A la table voisine, un sexagénaire me décoche un sourire auquel je réponds d’un air très détaché, pure politesse.
Un serveur s’approche, menu à la main et m’informe qu’il a une grande tablée à servir, que je suis la dernière arrivée, me demande si je suis pressée. Je lui réponds que non. Il poursuit : peut - être le service sera-t-il un peu long. Il se propose de m’offrir un cocktail dont il me donne la composition. Il obtient mon approbation pour le jus d’ananas, mangue et bulles de Crémant.
J’ai consulté dehors le menu et sais parfaitement de quoi je vais me restaurer.
Je n’ai pas envie de consulter mon portable pour me donner une contenance, encore moins de piquer le nez dans mon bouquin, d’autant que je lis en ce moment la biographie de Jacques Dutronc et que la couverture affiche le profil du play boy des années soixante-dix, cigare au bec. Inutile d’attirer davantage l’attention !
Le serveur traverse à nouveau la salle, portant sur un plateau le nectar qui m’est destiné. Nouveau lever des têtes voisines qui suivent la trajectoire de la flûte. Et oui, c’est pour moi ! Nouveau sourire, cette fois de la table de gauche, auquel je ne réponds pas.
Les assiettes arrivent, les fourchettes entrent dans la danse, les bouches se remplissent. Je ne suis plus le point de mire. Me voilà tranquille !
A mon tour d’être servie. Je me concentre sur mon assiettée et ne cesse de me régaler une petite heure durant.
Lever presque simultané de tous ces messieurs qui doivent sans doute être attendus au bureau. Il est 14H30.
Nouvelle gerbe de sourires…
L’un deux se hasarde à m’adresser la parole :
- La cuisine est excellente ici. J’espère que vous avez apprécié.
- Tout à fait !
Pourquoi n’aurais- je pas apprécié ???
Ce que je n’ai pas apprécié, ce sont ces regards que j’ai ressentis comme hostiles.
C’est sans doute pur hasard, que ce jour-là il n’y ait dans ce restaurant que des hommes. Mais je crois que l’arrivée d’une femme seule les a dérangés, comme si j’avais empiété sur un territoire qui, toujours par l’effet du hasard, leur était soudain réservé, et réveillé chez eux de manière inconsciente peut être, une certaine misogynie, conséquence d’une domination en nombre.
Il m’est revenu à l’esprit un reportage sur une ville où les cafés sont interdits aux femmes. De quel droit ?
J’ose espérer que le phénomène ne s’étendra pas et que l’adage : « Gentlemen Only, Ladies Forbidden » ne restera qu’une blague de mauvais goût !
Je vous pose la question, Mesdames, si d’emblée un Monsieur s’était présenté dans un pareil endroit où par un curieux hasard nous fûmes majoritaires, aurions-nous eu la même réaction ?
Quant à moi, Je n’en suis pas vraiment sûre …
Armande Paulette
" Un sexagénaire me décoche un sourire...Nouveau sourire, cette fois de la table de gauche...
Nouvelle gerbe de sourires…L’un deux se hasarde à m’adresser la parole :
- La cuisine est excellente ici. J’espère que vous avez apprécié ."

Je pense, Armande, au vu de tes écrits, et surtout de ceux que j'ai relevés, qu'il ne faut pas
y voir de la misogynie , juste de la perplexité de voir une femme aller seule au restaurant :
cela est encore rare de nos jours.
Alors, ils se posent mille et une question sur ces femmes qui l'osent.

Nous les femmes, aurions-nous eu les mêmes réactions ? Non, bien sûr : pires, oui ! :lol:
Nous aurions maté le monsieur de haut en bas, nous y serions allées de qualificatifs
humoristiques, nous aurions supputé sur sa virilité, et s'il valait le coup que l'on puisse envisager
d'en faire un " 4 heures " ( le goûter, pas la durée, quoique...)..on ne se serait pas gênées,
maintenant que nous osons penser et parler comme les mecs. :wink:
Que des femmes entre elles : la meute se libère, et devient vite prédatrice. :wink:
Bien sur question réservé aux femmes..................Donc je ne peut répondre à leurs places ! Mais en tant homme aucune gêne pour moi....Une surprise oui mais sans plus.......Avec peut-être une interrogation (lesbiennes) mais ça ne m'aurait pas couper l'appétit car être moderne c'est aussi cela.
C'est amusant ! nous étions une bande de copines et fêtions un anniversaire , seule notre longue table était occupée dans le restaurant .Un monsieur est entré, pour déjeuner aussi , un peu surpris par notre tablée Bien sûr nous avons ri et l'avons invité à notre table..... ce qu'il a refusé :lol: ......
:lol: :lol: :lol: Il s'est dit qu'il n'aurait pas l'énergie suffisante pour servir de 4 heures,
ne serait-ce qu'à quelques-unes d'entre vous .
@ArmandePaulette
Tu ne nous dit pas ou est situé ce restaurant.
Je ne serais pas étonné qu' il soit provincial.
Bonjours a vous mesdames , kissous

belle illustration d être épicurien :wink:
la vie nous offre se que l homme a inventé de meilleur pour le bien être de tous les humains ,, la cuisine sous toutes ses forme :D :) :(

je ne vois pas pourquoi un femme seul ne pourrais pas déjeuné seul au restaurant de sont choix , je pratique de temps en temps ce privilège qui parfois m amuse .

je ne pratique plus une restauration très haut de gamme qui me stress , l organisation d un maître d hôtel et d une ligné de sous fifre qui au moindre écart vous essuie la bouche , emplisse votre verre , essuie la bouche et vous tire la chaise quand vous voulais vous lever , je ne supporte pas :mrgreen: :wink:

je comprend que pour certain cela devient un besoin :mrgreen: :mrgreen:

bonne journée a vous :P :P
@ Armande Paulette :D l'on en pense ce que l'on veut ... mais j'apprécie l'humour de ce récit ... peut être es-tu tombée sur une réunion de coincés :?: banquiers à la dérive :( ecclésiastiques "de sortie" :?: et, sans en médire, cela se passait-il dans ce que l'on appelle "la France profonde" ... dont personne d'ailleurs n'a jamais mesuré la profondeur :?: et, défense de mon territoire oblige: viens donc chez les Ch'tis :wink: je serais étonné, et indigné, que le même accueil te soit réservé :D à quand tu veux pour un test: je serai ton guide, tout dévoué :!: 8) :lol: :lol: :lol:
mayah12 a écrit :
Nous les femmes, aurions-nous eu les mêmes réactions ? Non, bien sûr : pires, oui ! :lol:
Nous aurions maté le monsieur de haut en bas, nous y serions allées de qualificatifs
humoristiques, nous aurions supputé sur sa virilité, et s'il valait le coup que l'on puisse envisager
d'en faire un " 4 heures " ( le goûter, pas la durée, quoique...)..on ne se serait pas gênées,
maintenant que nous osons penser et parler comme les mecs. :wink:
Que des femmes entre elles : la meute se libère, et devient vite prédatrice. :wink:


Sale gosse ! :lol: :lol: :lol: On doit se ressembler.... :wink:

mayah12 a écrit : :lol: :lol: :lol: Il s'est dit qu'il n'aurait pas l'énergie suffisante pour servir de 4 heures,
ne serait-ce qu'à quelques-unes d'entre vous .


Certainement ! :lol: Certains sont lucides... :wink:
Mais on se seraient vite re-concentrées sur nos assiettes... pas d'atmosphère pesante... on est pour la parité en toutes circonstances !! Vite @ Armande Paulette.. file-nous l'adresse :) :wink:
Ben moi, j'crois qu'c'est pas dans l'Nord :!: :lol: :lol: :lol:
C'est vrai que ça  interpelle de voir une personne arriver seule au restaurant!  Ça  m'arrive régulièrement car j'aime bien m'arrêter au restaurant de temps en temps, ça  permet de manger en compagnie. ..même si la compagnie n'est  pas à  votre table....ça  fait discuter de tout et de rien lorsque les voisins de table sont assez bavards et enjoués. ... et quand vraiment je m'ennuie , je sors mon portable et discute par sms...comme quoi il y a différentes facons de passer du temps en compagnie au restaurant!   :D
Et oui, Pascal, c'était en province. Serions nous plus ouverts en région parisienne ? Je le pense.

Mayah : peut être suis je "coincée" ou d'un autre monde (autre temps, autres valeurs), mais je ne supputerais pas de la virilité d'un homme s'il se trouvait dans un environnement majoritairement féminin et encore moins ne me viendrait l'idée de la considérer comme un "goûter" ou alors c'est que j'aurais grandement fait abus des nectars de Bacchus, ce qui j'espère ne m'arrivera jamais !
@Armande, pour répondre à ta question, je ne pense pas car si je suis dans une tablée je m'intéresse à ma tablée et pas à ce qui se passe à côté à moins que ce ne soit une tablée particulièrement ennuyante et là oui, j'aurai un regard, mais peut-être aussi l'envie de lui proposer de se joindre à nous pour ne pas manger seul :)

Par contre, n'est-ce pas le fait qu'une femme soit fin gourmet qui les a étonné ? Aujourd'hui nous sommes toujours à parler de notre ligne de nos courbes de nos risques de kilos en trop en moins ou en pas assez que la gente féminine ne donne plus à penser qu'elle aime les plaisirs de la table.
Tu t'es régalée c'est le principal. Ça prouve au moins que tu as eu le bon oeil à lire la carte :D
solene14 a écrit : C'est vrai que ça  interpelle de voir une personne seule au restaurant!    

seule...pas sur ! ... peut-être que son chien est caché sous la table :wink: :D
mdrrr @Daynis.....mon chien est avec moi, certe, lorsque je suis en vacances, mais à Caen et la region, rarement ! :D
cron