J'ai appris récemment le décès de Waldtraut Hélène Treilles. Elle est morte le 23 juin dernier à la Plaine des Cafres où elle habitait depuis 44 ans. Mme Treilles était l'auteur , entre autres, de "La vie est un caméléon", publié en 2003 dans une deuxième édition à ses frais, le produit de la vente étant reversé à une association caritative de Madagascar. Elle complétait la première édition , aux éditions La Bruyère, qui date de 1997.
Nous nous sommes rencontrées au sud d'Ambodifotatra (île de Sainte Marie), à l'époque du voyage des baleines, nos deux cases en falafa étant voisines sur la plage, et nos rencontres étant fréquentes, soit pour embarquer sur l'esquif du chercheur des baleines, soit pour bavarder... C'est ainsi qu'elle m'a présenté avant tout son livre, car il était l'outil de ses dons pour cette terre malgache qu'elle aimait tout autant que notre île.
Le sous-titre du livre est "chemin de vie d'une franco-allemande". Père au service de l'armée hitlérienne, noblesse poméranienne... il a fallu traverser, subir, survivre, revivre, choisir... Allemagne, France , colonies françaises, et finalement son île de coeur, La Réunion , celle où elle fut professeur d'allemand, mariée à M. Treilles, professeur de musique (ça ne pouvait pas être autrement... un autre exilé à l'enfance vouée aux camps de concentration en Allemagne , Miguel del Castillo ne disait-il pas :" la musique n'a pas de frontière"), mère de famille, et amie de ce qu'on peut appeler "l'alter mondialisme" .
Femme de courage, de clairvoyance, de coeur, on ne pense pas aux maltraitances que certains êtres ont dû accepter pour se reconstruire, et cela est dit dans son livre mais toujours de façon piquante, savoureuse, acérée, bien vue. Jamais de recherche du pathétique, car il faut avancer, s'en sortir, sourire, donner le meilleur de soi. Mme Treilles , je l'ai admirée et sentie proche. Elle donne ce conseil aux lecteurs en première page de son livre :

Et je leur souhaite
"d'accepter les choses qu'ils ne peuvent changer,
le courage de changer celles qu'ils peuvent,
et la sagesse d'en connaître la différence"
(Marc Aurèle)
Je suis en train de sortir mes livres de l'oubli, car à la porte de cette nouvelle année, certains d'entre eux vont partir de chez moi pour de nouveaux voyages entre des mains amies, je ne sais lesquelles, je le saurai la semaine prochaine, lors de la "Rencontre autour de nos livres" que notre amie Ode organise périodiquement à Saint- Benoît, dans la luxuriance naturelle de son jardin.
Mais voilà, je tombe sur un livre qui va encore séjourner chez moi pour assez longtemps, et je vous livre un passage, concernant la "Créolie" de la Réunion, la créolie étant une autre autre entité que la créolité.
L'une des caractéristiques de la créolie , la voici :
"Ce n'est pas comme dans d'autres parties du monde, ou comme aux Antilles, où le mot créole est réservé aux descendants de colons blancs. Absolument pas ! Tout le monde est créole... que l'on soit blanc, que l'on soit noir, que l'on soit jaune, que l'on soit métis... Et nous avons là un mot qui est très riche et qu'il faut tourner vers l'avenir pour préserver une base d'unité et faire que cette unité soit plus dynamique et plus respectueuse des apports culturels de chaque groupe".
Et puis :
"La Créolie est une contastation, c'est-à-dire une manière de vivre, de sentir, de respirer et d'aimer en terre de créolie. C'est une manière pour le Réunionnais d'être réunionnais avant tout puisque chez nous tout le monde se dit créole, quelle que soit la couleur de sa peau, son milieu social ou sa religion".
Gilbert Aubry, "Poétique Mascarine", 2014,

Je ne suis pas créole, mais Zoreil, ça c'est une autre histoire, loin d'être aussi belle (et même à l'origine cruelle)... mais qui a sa place historique, politique, sociale (et sentimentale... !) en terre de créolie.
Tout devient acceptation... et sourire très vite en terre de créolie.
Mayah à propos de son blog "Jardin d'Eden", rééditant un très beau texte des "Mots Vagabonds", me rappelle un autre texte, poétique et politique sur "l'île d'Eden" que l'on peut lire en manuscrit aux archives maritimes de Rochefort sur Mer (17, Charente-Maritime).
Cette utopie politique a été écrite par le Marquis Henri Duquesne, huguenot ayant monté une expédition pour établir sur l'île Bourbon, les familles françaises exilées à Amsterdam, à la suite de la révocation de l'Edit de Nantes (1685). Ne pas oublier que le seul Huguenot qui ne fut pas contraint à l'exil, était l'Amiral Duquesne (spolié de tous ses biens et revenus tout de même par Louis XIV qu'il avait admirablement servi pourtant ainsi que tous les autres militaires et marins de sa famille, dont Henri Duquesne).
Son titre est "Recueil de quelques mémoires servant d'instruction pour l'établissement de l'île d'Eden". L'intérêt du manuscrit réside dans le fait que les mots manquants (par prudence) dans les feuillets imprimés qui ont circulé sous le manteau pour la publicité de cette implantation sur une île lointaine, figurent, écrits au crayon sur le manuscrit, de la main de leur auteur et n'ont été connus des lecteurs futurs exilés que de bouche à oreille.
Mais l'expédition à l'île Bourbon (La Réunion) n'eut pas lieu, la France et la Hollande ayant enfin signé un pacte de paix. La Hollande devenait ainsi ennemie du projet, et pactisait , par son implantation sur l'île Maurice, avec l'île Bourbon, catholique (dont les premiers français, ne l'oublions pas, venaient pour la plupart de Madagascar et avaient été recrutés parmi des Huguenots convertis) . Il resta la tentative d'implantation sur l'île Rodrigues, dont j'ai déjà parlé.

Il y a dans cette utopie les mêmes principes que ceux du "Jardin d'Eden" des Mots Vagabonds. Qui dit jardin, dit culture... avec tout ce qui ressort de la volonté, du courage, de la modestie, et du culte des valeurs et potentialités humaines dans une nature à respecter, à servir si on en veut récolter les fruits , la saveur, la beauté.......

Afin qu'on ne m'accuse point de prosélytisme, je rajoute que les textes précédents sur "la créolie" ont été écrits par Monseigneur Aubry, l'actuel évêque de la Réunion, que j'estime et respecte profondément.
"Description particulière de l'île d'Eden

Cette île a été connue sous différents noms : elle a premièrement été nommée Mascarenhas par les Portugais, d'autres l'ont appelée l'île d'Apolonie et les Français du temps qu'ils étaient à Madagascar la nommaient quelque fois île Bourbon ou Mascareigne, corrompant son premier nom ; d'autres enfin l'ont appelée l'île d'Eden, et c'est ce dernier qu'on a retenu comme lui convenant mieux, parce que sa bonté et sa beauté la peuvent faire passer pour un paradis terrestre, et c'est ainsi en effet qu'elle est qualifiée par plusieurs auteurs qui en ont parlé".

Henri Duquesne, "Recueil de quelques mémoires d'instruction pour l'établissement de l'île d'Eden", Amsterdam, H. Desbordes, 1689
(introduction de la 4ème partie).
Comment passe-t-on de l'île d'Eden à l'île de la Réunion ?
(qui dit réunion dit bien sûr assemblage civilisé et parfois épineux voulu par les hommes) ... Je vous livre ici une recette qui a marché, aux deux sens du terme.

"A la fin des années 1680, monsieur Fleurimond, le gouverneur que la Compagnie des Indes avait chargé d'écouler les marchandises qu'elle lui envoyait, se trouva pourvu d'un stock de chaussures dans un pays où les gens marchaient nu-pied. Il aurait alors eu l'idée de faire venir des Indes "la pagode", une plante épineuse qui devait une fois répandue, forcer les gens à porter chaussure. La plante se répandit si bien que de nos jours encore elle envahit champs, bords de route et de mer... Il s'agissait donc d'un des premiers cas, peut-être délibéré, d'introduction d'une peste végétale."

"De l'Eden au parc naturel", Alexandre DELARGE, p 61,
(Trésor d'ici - La nature des savoir-faire, 1998)
En termes de techniques de commercialisation on appelle cela " l'art de créer le besoin ".
Et Dieu sait ( mais le sait-il ? ) si de nos jours, certains ne s'en privent pas.
:)
Oui, il y a longtemps que ça existe.
Mais ici on s'en crée beaucoup et la colonisation n'a été que ça, un enfermement à implanter des cultures dont on n'avait pas besoin, qu'on abandonnait pour d'autres, d'où nécessité de main d'oeuvre, esclavage, engagisme, mais aujourd'hui la création des besoins est encore plus forcenée... elle dénature la nature... que restera-t-il ...

Il y a pourtant des leçons auxquelles on assiste, pas loin, les Maldives... qui préparent et programment les départs de leur population en achetant des terres lointaines... La submersion par les eaux n'est pas le seul phénomène (climatique), on ne prend pas en compte d'autres théories et observations, l'enfoncement des îles, et là, les constructions de l'homme sont en cause , car on ne tient pas compte de la diversité géologique des îles...
Depuis 2015, les lycéens malgaches ont rejoint le jury des lycéens réunionnais , à l'initiative de L'institut Français de Madagascar. Pour 2017, le Prix du Roman Métis des Lycéens pour notre région a été décerné, fin décembre, à Natacha Appanah pour son roman "Tropique de la violence" (Gallimard).
Le roman avait déjà obtenu le Prix du Roman Métis des Lecteurs de la Ville de Saint-Denis de la Réunion. D'autres prix littéraires ont été décernés pour ce roman (prix Anna de Noailles, prix Fémina des Lycéens, prix du roman France-Télévision).
Nos lycéens (français/malgaches) avaient eu à choisir parmi quatre romans sélectionnés par le jury du Grand Prix du Roman Métis de la Ville de St-Denis, tous ces romans ayant en commun des récits d'enfance. Voici les trois autres :

- Gaël Faye, "Petit pays", Grasset, (le Burundi, paradis d'un enfant qui va être détruit par la fureur de la guerre),
- Martine Duquesne, "La solitude des enfants sages", La Cheminade (la guerre d'Algérie, ressentie par Angélique, 7 ans),
- Monique Séverin, "La bâtarde du Rhin", Vents d'ailleurs" (Kazima, fille d'une allemande et d'un soldat réunionnais, née en Rhénanie pendant la seconde guerre mondiale, part à la recherche de son père et de sa famille paternelle à la Réunion).
Nous fêtons le bicentenaire de la naissance de Leconte de Lisle. Hier , je suis allée à l'exposition que lui est consacrée à la Bibliothèque Départementale à St-Denis. Je regrette de ne pouvoir assister aux conférences hebdomadaires qui lui sont consacrées, car l'horaire m'obligerait à me déplacer de nuit, ce que j'évite le plus possible.
Je place cet hommage dans le forum "Océan Indien" qui est très axé sur la culture que je dis universelle. Ce poète du XIXème siècle, originaire de l'île Bourbon, s'est imprégné, très jeune de culture classique ; j'ai admiré les pages reliées en un volume épais des traductions qu'il a faites lui-même de l'Iliade étudiée sur le sol natal, comme la clé de l'ouverture au monde, comme le passeport du départ vers la France.... traductions écrites à l'encre violette, sans aucune rature, avec de çi de là, la lettre d'un nouveau vers soulignée à l'encre rouge de trois petits traits. Rien que cela est un premier chef d'oeuvre.
J'ai découvert l'éclectisme de ses connaissances, c'était si je peux dire l'un des derniers "honnêtes hommes" d'un autre temps, celui dont l' intelligence, la mémoire pouvaient s'intéresser encore à la multiplicité des connaissances anciennes et nouvelles. J'ai été surprise aussi de savoir, que si l'exil lui était lourd à supporter, il était aussi sa seule issue vivable, car ce fut un citoyen engagé dans la fin de l'esclavage et de la traite ; des écrits peu connus et censurés réapparaissent...
Bref, j'ai aimé écouter un court récital de ses poèmes, parmi ceux que nous avons eus à apprendre, nous enfants de ce temps qui a connu les pupitres troués pour l'encrier, les récitations à retenir à vie, vous souvenez-vous ? Je l'ai aimé surtout parce que la diction soignée, sans emphase pourtant, m'a rappelé la beauté unique de cette poésie scandée, imagée, perdue aussi, car quel est l'auditeur qui s'en charme encore ?
Et si vous aimez ce que je vous dis, peut-être me demanderez vous quelques citations ?
Je vais procéder à l'envers : Vous n'aimez pas ce que je dis, et bien je vous le dis quand même, rien ne m'empêche de me faire plaisir.

Et pour commencer, l'exploit d'Héraklès au berceau :

"Ils fouettent en vain l'air, musculeux et gonflés ;
L'enfant sacré les tient, les secoue étranglés,
Et rit en les voyant, pleins de rage et de bave,
Se tordre tout autour du bouclier concave.
Puis il les jette morts le long des marbres blancs,
Et croise pour dormir ses petits bras sanglants" .
(L'enfance d'Héraklès, Poèmes antiques)

De l'antiquité grecque passons à l'antiquité indienne :

"Parfois, un éléphant songeur, roi des forêts,
Passait et se perdait dans les sentiers secrets,...

... Et sur les fleurs de pourpre et sur les lis d'argent,
Emplissant l'air d'un vol sonore et diligent,
Dans la forêt touffue, aux longues échappées,
Les abeilles vibraient, d'un rayon d'or frappées."
(Bhagavat, Poèmes antiques)

Plus près de son temps, plus près de son espace insulaire, Madagascar :

"La mer calme, d'argent et d'azur irisée,
D'un murmure amoureux saluait le soleil ;
Les taureaux d'Antongil, au sortir du sommeil,
Haussant leurs mufles noirs humides de rosée,
Mugissaient doucement vers l'Orient vermeil "
(Derniers poèmes)

Et dans les Indes occidentales, versant du nouveau monde, le vol du condor :

"Il s'enlève en fouettant l'âpre neige des Andes,
Dans un cri rauque il monte où n'atteint pas le vent,
Et, loin du globe noir, loin de l'astre vivant,
Il dort dans l'air glacé, les ailes toutes grandes"
(Poèmes Barbares)

Mais, ma chère Titiane, comme je sais que tu aimes particulièrement Coelho, je te glisse l'aigle, notre impérial oiseau, si majestueux lui aussi :

"L'aigle commence à se diriger vers la vallée. Les bras écartés, j'imite le mouvement de ses ailes. Si quelqu'un pouvait me voir à ce moment, il ne saurait pas qui je suis, parce que je suis lumière, espace et temps. Je suis dans un autre monde.
Et l'aigle me dit : c'est ça l'éternité".
(L'adultère, Paulo Coelho, éd. Flammarion, 2014, page 303)

Est-ce ça l'éternité ?
Bonjour les ami(e)s,
Me voici de retour à propos d'un commentaire que j'ai laissé le 2 février dernier sur ce forum. J'y ai cité le roman de Gaël Faye "Petit Pays" (qui n'a obtenu rien moins que 10 nominations de prix littéraire, dont prix Goncourt des Lycéens, en 2016, et finaliste de son prestigieux aîné).
Le 30 mai, j'ai participé à une rencontre littéraire où était accueilli Gaël Faye, invité par ailleurs au SAKIFO Musik festival (1er au 3 juin) où il s'est produit, en tant que chanteur-musicien Hip-Hop. J'avais entamé la lecture de "Petit pays", je viens de la finir (je lis beaucoup et toujours en désordre, c'est une calamité naturelle chez moi).
Je me suis dit que je voulais citer un passage dans ce forum. Mais lequel ? Il y a tant de pages joyeuses sur l'enfance au Burundi, il y a tant de désespérances et d'horreurs quand éclatent les massacres au Rwanda (famille maternelle du petit narrateur) et au Burundi... Découverte de l'identité ethnique, jusqu'alors méconnue... Stupeur et peur... et incompréhension...
J'ai choisi ce morceau, car c'est dans le plaisir du rythme dansant de la musique et les paroles du chanteur célèbre et aimé, que, par le biais de la retransmission radiophonique, se révèle justement l'ampleur de la haine génocidaire.

"Maman a allumé la radio et le rythme entraînant de la chanson de Papa Wemba a aussitôt envahi l'habitacle. Les cousins se sont mis à gigoter et Christian m'a regardé d'un air malicieux en soulevant ses sourcils et en remuant les épaules comme un danseur éthiopien. Tante Eusébie s'est empressée de monter le son de la radio. Depuis le coffre, je voyais les têtes se balancer de gauche à droite au rythme de la musique. Au refrain, les filles chantaient : "Maria Valencia héé héé hé !" Cela amusait Maman qui se retournait pour me jeter des clins d'oeil complices. Un animateur de la radio faisait le clown, chantait par- dessus la musique . Je ne comprenais que certains mots dans ses phrases en kinyar-rwanda : " Radio 106 FM ! Radio Sympa ! Papa Wemba !" Sur un ton enjoué, il reprenait le refrain, parlait, plaisantait, un vrai zouave à l'antenne. Je m'étais pris au jeu, moi qui pourtant détestais danser, je me trémoussais, frappais des mains n'importe comment et chantais "Héé Héé hé" avec enthousiasme, quand soudain, j'ai remarqué que plus personne ne bougeait. Les visages des cousins avaient changé d'expression. Christian était figé. Tante Eusébie a brusquement éteint la radio. Plus personne ne parlait dans la voiture. Sans voir le visage de Maman, je sentais son malaise. J'ai regardé Christian :
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Rien, Des bêtises. C'est l'animateur de la radio...Ce qu'il disait...
- Qu'est-ce qu'il disait ?
- Il a dit que tous les cafards doivent périr.
-Les cafards ?
- Oui les cafards. Les Inyenzy.
- ...
- Ils utilisent ce mot pour parler de nous, les Tutsi.".
Gaël Faye, "Petit Pays", éditions Feryane, 2017, p. 196/197.
Bonjour, me revoilà après plus de trois mois de délaissement. Non que je n'aie rien lu de passionnant en romans et poésies créoles ou francophones, bien au contraire, j'en suis submergée, ne serait-ce que parce que les sorties que j'organise dans le cadre d'OVS sont toujours liées au culturel, lequel en aval ou en amont se ressource toujours dans l'écriture poétique ou romanesque.

Bref, j'abrège mon prologue, vous savez que je suis intarissable...

Ma chère Titiane, Natacha Appanah, l'auteure qui avait inauguré ton forum, nous revient. Tu sais que sa précédente visite avait été justifiée par le très beau prix littéraire que la ville de Saint-Denis lui avait octroyé l'an dernier pour son roman dont tu nous avais parlé "Tropique de la violence" .

Et bien, Natacha APPANAH revient... et elle sera présente à la Bibliothèque de La Montagne le mercredi 26 septembre à 18 heures, autrement dit au coeur du fief de ton enfance, dans une bibliothèque où tu as usé tes fonds de culotte et ébloui ton imagination d'enfant.... La rencontre littéraire est organisée par le président de La Réunion des Livres, association dont je fais partie.

Je t'ai envoyé un mail hier soir. J'aimerais y aller avec toi. Tu sais que la route de nuit ne me dit rien qui vaille et surtout les virages en épingle à cheveux de cette route de La Montagne . Mais toi, tu la connais sur le bout des ongles (mains et pieds). Si tu pouvais me prendre au Barachois et m'y déposer ensuite, tu serais un amour . Si pas possible, il faut que je me trouve accompagnateur ou accompagnatrice dare dare. Donc réponds-moi vite. La nuit j'y vois plus rien du tout (je dois me faire opérer de la cataracte). On peut passer la journée ensemble, enfin la demi-journée puisque tu commences à te sentir réveillée à peu près à l'heure où je finis ma sieste !!!!

Ceci dit, si je sentais un quelconque intérêt à ce forum, je le reprendrais volontiers car il y a pas qu'aux Galeries Lafayette qu'il se passe des choses. Ici aussi, je veux dire que de l'écrin de mes lectures à mes découvertes in situ, il y a toujours cristallisation au delà des antipodes...

Très belle journée à tous. Pour moi, elle le sera. Ce matin, aux aurores, l'électricien attendu comme le Messie m'a téléphoné... Le courant a enfin passé, par quelles ondes interstellaires, je ne sais... . Je suis hors sujet, ah non, il faut que je trouve un roman sur le sujet. Vous en connaissez un ?
Bonjour Amélie,
Je relisais ton forum qui nous fait si bien découvrir ton île sa culture et la tienne.
Ton petit exposé sur Leconte de Lisle m'a remis en mémoire un extrait de la panthère noire appris en élémentaire. Je ne peux m'empêcher de le poster ici :
Par les sentiers perdus au creux des forêts vierges
Où l’herbe épaisse fume au soleil du matin ;
Le long des cours d’eau vive encaissés dans leurs berges,
Sous de verts arceaux de rotin ;

La reine de Java, la noire chasseresse,
Avec l’aube, revient au gîte où ses petits
Parmi les os luisants miaulent de détresse,
Les uns sous les autres blottis.

Inquiète, les yeux aigus comme des flèches,
Elle ondule, épiant l’ombre des rameaux lourds.
Quelques taches de sang, éparses, toutes fraîches,
Mouillent sa robe de velours.
Merci pour le partage culturel de ton forum.
Bonjour Bandicoot, bonjour Titiane et ami/es,

Bandicoot, tu as choisi l'un des plus beaux poèmes de Leconte de Lisle. Ses poèmes seraient toujours appris au cours élémentaire ? Il est vrai que le rythme et la mélodie et l'histoire qu'ils racontent, surtout dans La panthère noire, on a envie de les retenir, de les redire, de les réentendre. C'est ça le Parnasse. Il y a peu, je participais à une sortie "Premiers habitants de la Réunion" qui devait durer deux heures et en a duré quatre !!! Il faut dire que le jeune conférencier est un passionné, et qu'il a débordé largement le sujet, puisque nous sommes arrivés à 1919 pour finir... .
Bref, nous nous sommes promenés de la Grotte des premiers français (où seule la légende tenace les a placés) jusqu'au cimetière marin où nous avons retrouvé le tombeau de Leconte de Lisle et avons écouté les vers que notre guide a très bien dits. Il est créole et en tant que tel il tient comme à la prunelle de ses yeux à ce que les créoles célèbres y reposent dans leur dernier sommeil.
Donc 1919, pourquoi ? Là, je vais retracer un peu le contexte... Parce que c'est l'époque où l'on se rend compte de l'effroyable hécatombe que fut ici la guerre à laquelle sont partis en chantant et volontairement les hommes dont on a espéré le retour jusqu'aux derniers bateaux de 1919, que le retour des rescapés entraîna une autre hécatombe, celle de "la grippe coloniale", appelée ainsi car on ne sut rien de la grippe espagnole (il fallait attendre 6 mois entre chaque bateau qui apportait des nouvelles), qui s'est finie sur le cyclone "'lapeste" car ne sachant rien de ce qui arrivait on enterra en fosses communes au cimetière "lapeste" qui avait déjà eu son lot démesuré de victimes d'épidémies contre lesquelles on ne pouvait rien, cyclone lapeste remis au goût du jour en 2018 car si le cyclone "lapeste" eut lieu les premiers jours de mai et balaya tous les miasmes (le cyclone est vu ici comme le grand purificateur), le dernier de cette année eut lieu les derniers jours d'avril et si tard dans la saison cyclonique, c'est tout à fait exceptionnel et retenu dans les archives... Bref, 1919, j'y viens, pourquoi. Excusez-moi, j'adore discourir... PourQUOI de Leconte de Lisle, notre guide passa-t-il à un autre grand homme dont on ne cesse de déplorer que la France ne veuille rendre les cendres ? Parce qu'il s'agit de l'aviateur ROland Garros dont l'aéroport de Saint-Denis de la Réunion porte le nom.
Les amateurs de BD je peux vous indiquer le titre et les auteurs de BD sur "La grippe coloniale" et "Le cyclone La Peste.
Titiane, merci pour ton mail. Je note qu' à La Montagne il fait froid en ce moment (il y fait souvent très très froid) . Ma foi, c'est une occasion de se mettre des bas, le nec plus ultra ici ! Et merci de venir avec moi. A bientôt, bisou.
Bonjour Amélie,

Je remercie Bandicoot de sa visite sur ce forum qui n'intéresse pas beaucoup apparemment. Dommage .......

Nous, nous ne raterons pas notre écrivaine, espérons qu'il y a du monde, que la pluie n'est pas au rendez vous, que le mistral s'arrête et on appréciera le froid.

Bonne journée, Titiane