L'amour courtois

L'amour courtois

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La tradition de l'amour courtois a été florissante dans l'Europe médiévale, d'abord en Occitanie puis dans le Nord de la France. Également appelé fin'amor en occitan, l’expression désigne la façon d'aimer avec courtoisie, comprenant des valeurs et du savoir-vivre, du respect et de l’honnêteté, dans le but commun d'atteindre le bonheur. On en trouve les premières traces dans les poésies des troubadours du Midi de la France, le pays d'oc. Quelles en sont les caractéristiques ? Quel rôle ont joué les troubadours ? De l’amour courtois à l’art de faire la cour, comment ce jeu de séduction a t-il évolué à partir du 17e ?  Petit tour d’horizon.

 

Les caractéristiques de l’amour courtois 

Il se joue autour de deux protagonistes : une « dame » (le terme est issu du latin « domina » soit une position dominante), mariée, souvent suzeraine (issue de la catégorie sociale la plus élevée comme par exemple l’épouse d’un seigneur) et un homme jeune, célibataire, souvent chevalier. Ce dernier se voit alors mis à l’épreuve : il doit se surpasser, montrer sa virilité, sa bravoure et son hardiesse (lors de tournois guerriers). Si la dame accepte les faveurs du chevalier, elle est à son tour prisonnière de l’amour et doit se livrer corps et âme, tout en ayant tout pouvoir sur lui. C’est un amour qualifié également de dangereux (puisque le chevalier va prendre des risques au combat) et d’adultère. En parallèle, la dame doit sauvegarder l’honneur de son mari et se préserver de la calomnie, l’adultère étant la pire des subversions pour une femme. Enfin, dans l’amour courtois, la beauté physique est un critère fondamental. C’est elle qui attire d’abord le regard du chevalier. Elle doit séduire, prendre soin de son apparence, se refuser longtemps et ne se donner que parcimonieusement, afin que le jeune homme apprenne à se maîtriser et à dominer son corps…

 

Le rôle des troubadours

Le terme de troubadour vient de l’occitan « trobador », qui signifie « celui qui trouve ». La plupart des troubadours sont des nobles et des seigneurs. Le plus connu est Guillaume IX d'Aquitaine, comte de Poitiers, un puissant seigneur. On trouve également des moines, des évêques (comme Folquet de Marseille), des fils de serviteurs, à l’instar de Bernard de Ventadour, et même de simples vagabonds. Les poèmes que les troubadours mettent en musique ne sont pas composés en latin mais en « langue vulgaire », autrement dit en langue d'Oc, parlée à cette époque dans le sud de la France. Leurs chansons expriment le plus souvent l’amour et l’exaltation du plaisir, comme dans la chanson de Guillaume IX : « Ainsi va-t-il de notre amour, Comme du rameau d'aubépine, Il s'agite toute la nuit, Livré au gel et à la pluie, Mais le soleil du lendemain, Chauffe et verdit feuilles et branches. » Dans sa chanson « can vei le lauseta mover », Bernard de Ventadour exprime les tourments que lui procure l'amour : « Messager, va et cours dire à la plus belle la peine, la douleur et le martyre que j'endure pour elle ». Les « dames de cœur » étaient attirées par ces rimes envoutantes et fleuries. Au début il s’agissait d’une sorte de cérémonial décent et érotique, puis avec le temps les chansons sont devenues plus populaires, et les messages explicites. Ainsi, commerçants, graveurs, ou tisseurs créaient des groupes de chorales, dont les chansons avaient pour but d’encourager la population à s’adonner à la libido. Certains tentaient par tous les moyens d’appâter la fille du village voisin en fredonnant des strophes de ces « chansons de courtoisie ».

 

L’amour courtois au 17 e, 18 e et 19 e siècle

Au 18e siècle, l'expression « faire la cour » signifiait « s'accorder les faveurs d'une personne » en référence aux personnes qui entouraient le roi. Plus tard, elle s'est étendue à d'autres personnes que le roi. Les demandes en mariage au 17 e ou 18 e siècle étaient organisées dans les sociétés de salon, lors de bals masqués. Le langage corporel faisait partie du flirt. Ainsi un éventail dans la main d’une dame signifiait aux hommes une disponibilité, une démarche gracieuse mais ambiguë : cela pouvait aller du désir de faire connaissance au refus. Placer l’éventail sur les lèvres signifiait « embrassez moi », remuer l’éventail dans la main droite signifiait « j’en aime un autre ». Ensuite la culture de salon Parisienne au 19 e siècle s’est développée ; on se rencontrait dans un environnement élégant, afin d’apprécier la culture, des repas et des boissons.

 

Quelques citations sur la notion de « faire la cour »

D’autres, arrivant à l’âge mûr, mettent toute leur vanité à oublier qu’un jour ils purent s’abaisser au point de faire la cour à une femme et de s’exposer à l’humiliation d’un refus […], Stendhal, De l’Amour, 1822

Cette pitoyable comédie, entremêlée de bouquets, de parures, de parties de spectacle, s’appelle faire la cour à sa prétendue. (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)

Aujourd'hui, en amour, on ne fait plus la cour à une femme, on bouscule son jardin. (Pierre Dac, Les Pensées, 1972)

 

Il y a dans la notion de « courtiser » ou « faire la cour » une notion de temps et d’efforts : on faisait durer le plaisir… On est bien loin du monde pressé d’aujourd’hui où les démarches amoureuses s’effectuent la plupart du temps à travers les nouvelles technologies, via l’ordinateur et le smartphone, un peu à la va-vite et sans poésie - à part sur notre site qui, contrairement à ses concurrents, ne présente pas un format proche du catalogue et où les membres prennent leur temps pour se courtiser, n’est-ce pas ?? :-). 

 

Qu’évoque pour vous l’art de courtiser d’antan ?  Etait-ce mieux avant ou pas ?

Messieurs, comment vous y prenez vous pour courtiser une dame ??

Vos commentaires nous intéressent !

 

Photo © Adobe – Auteur : grape vein 

 

 

 

Betty_Nelly, 09.07.2020

AMELIE97
2 | 12.07.2020 06:40

Mon texte m'ayant été arraché, je le reprends où j'en étais... Je disais donc que l'exploit chevaleresque ne suffit pas et la dame succombe souvent par ruse ou par magie (à la faveur de la nuit, confusion avec l'époux, liqueur aphrodisiaque, intervention d'un magicien...). Le roman courtois s'épuise et meurt justement parce que l'ADULTERE détruit la légitimité et la pureté de la descendance ...C'est ainsi que meurt le cycle arthurien...(adultère et inceste). Quand les moeurs s'adouciront, quand la bourgeoisie accède à la culture (importance de l'imprimerie), la préciosité et le code précieux se substituent au code courtois. Privée de droits civiques, la femme du Bourgeois tient souvent les cordons de la Bourse et prête son talent à son art, artisanat , commerce. La courtoisie devient politesse et honnêteté....Mais les Dames ne gagnent leur indépendance que par le veuvage et la conservation de leur dot et l'amant devient rarement l'époux. Le badinage, le marivaudage rétablissent plus de vérité amoureuse. Le troubadour des temps anciens devenu page dans l'aristocratie va lui aussi disparaître dans les derniers soubresauts de l'Ancien Régime (fin de la trilogie de Beaumarchais "La mère coupable"). Là encore ADULTERE et INCESTE se révèlent au grand jour. La révolution n'apporte la liberté qu'au CITOYEN, pas à la citoyenne. Le romantisme fera pas mal de victimes femmes...
Tout ça pour dire , MERCURIO, que si la femme a été privée de droits civiques, c'est justement parce qu'elle était au centre d'une problématique sociale essentielle : désir amoureux en désaccord avec la postérité d'une lignée.
Que reste-t -il de tout ça aujourd'hui ? Un grand trouble face à la liberté des femmes, des naissances, des familles recomposées, monoparentales... Et ta question reste assez proche de ma question : l'amour (tu dis le bonheur, c'est assez différent) existe-t-il seulement en dehors du mariage ? Je ne peux répondre. Il y a quelque chose de foncièrement enfantin en moi, c'est que le mariage reste l'honneur le plus grand qu'un homme puisse faire à une femme. Et on rejoint ici l'idée de la bravoure chevaleresque, car s'engager avec une femme qui a autant de pouvoir que lui, c'est pas une mince affaire !!! Et la courtoisie ? Mais oui, bien des hommes demeurent courtois... Heureusement.

AMELIE97
2 | 12.07.2020 05:48

La littérature courtoise est avant tout une littérature de "cour". La poésie courtoise naît en Provence et dans les régions de langue d'oc mais l'inspiration celtique (anglo-normande) va l'enrichir et le "Roman" courtois s'exprimera dans les cours européennes dans les langues "romanes" . Le service d'amour et le code d'amour sont des préoccupations, et si l'expression "amour courtois" disparaît, c'est que le service (glorieux, d'armes) disparaît et que les codes amoureux s'étendent à la bourgeoisie qui gagne en importance . Le service d'amour n'est jamais un "jeu", il est dangereux. Les exploits ne suffisent pas et pour fla ruse ou la magie

Mercurio
2 | 11.07.2020 09:32

Exposé plus qu'idéalisé ...

La femme pour qui on déniait toute existence, au mieux méprisée, rabaissée, fut mise en valeur par l'invention de l'amour courtois.
Supercherie renvoyant à un ensemble de valeurs et de savoir-vivre que l'on retrouve particulièrement dans le milieu de la noblesse.
Les plus célèbres amants courtois sont tous adultérins.

Le bonheur n'existe qu'en dehors de l'institution du mariage ?

AMELIE97
1 | 10.07.2020 16:47

Kapila, crois-tu ? Non tous tes textes sont "importants", et pas dans le sens banal du terme. Il t'importe de les faire, peut-être évalues tu mal leur qualité. Je suis fatiguée ce soir et participerai juste pour te dire en passant que Je me trouve tout à fait Romane dans ton texte sur la courtoisie , laquelle est traitée autrement qu'ici puisque l'auteure déborde largement dans le temps sur l'art et la délicatesse d'aimer J'ai revu en passant bien d'autres de tes blogs et je n'ai pas fini. J'y retrouve des lecteurs , lectrices qui tentent de cerner et d'embellir l'amour et sa quête tel qu'ils le souhaiteraient. J'y ai vu aussi une amie qui nous lit peut-être dans son bannissement. Bref, je m'écarte du sujet . Je laisse la place à nos amis, car ce sont eux qui sont sollicités surtout, ici.
Une chose est sûre : la fin de notre vie n'a de sens que si nous avons fait taire nos vanités et désirs pour mieux aimer , pour répondre à l'amour paisible attendu et à donner avant qu'il ne soit trop tard..

carole80
5 | 09.07.2020 22:31

Il existe toujours cet amour courtois . Il a un peu évolué certes, mais il existe toujours . A mon avis, ce qui le qualifie le mieux de nos jours cet amour là , c'est la naïveté (dans le bons sens du terme ) empreinte de l'innocence de celui qui sait rêver , d'ailleurs, le simple fait de s'inscrire sur un site n'implique-t-il pas le rêve ?

Rien n'a disparu . Tout est encore là mais encore faut-il bien regarder . :)

kapila1
4 | 09.07.2020 17:32

Trés bel article ! J'aime beaucoup ces valeurs,sur l'amour courtois.J'ai moi meme ecrit un texte sur mon blog,pas aussi important que le votre!!