Merkel, femme de pouvoir atypique

Merkel, femme de pouvoir atypique

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Sacrée plusieurs fois femme la plus puissante du monde par le magazine Forbes dans son classement annuel des femmes les plus influentes de la planète, Angela Merkel s’est toujours démarquée des autres acteurs de la sphère politique.  A l’aube de sa retraite, nous avions envie de consacrer quelques lignes à cette femme atypique. Nous n’aborderons pas sa politique dans cet article mais sa jeunesse, ses études, sa vie privée ainsi que les différentes facettes de sa personnalité.

 

Jeunesse, études, vie privée

Angela Kasner est née à Hambourg le 17 juillet 1954. Elle est encore bébé lorsque sa famille s’installe en 1957 à Templin (état de Brandebourg), en Allemagne de l'Est,  où son père, pasteur luthérien, dirige un séminaire de formation à la théologie. Sa mère, institutrice et enseignante d'anglais, n'est pas autorisée à donner des cours de cette « langue de l'ennemi ». Elle s'occupe alors de ses 3 enfants, dont Angela est l'aînée.  Élève très douée, elle excelle en mathématiques et en russe, décroche son bac avec la note maximale avant de partir étudier la physique à Leipzig. « Je n’ai jamais connu d’élève qui soit à la fois aussi douée et ambitieuse », se souvient son ancien professeur de mathématiques, Hans-Ulrich Beeskow.  Vivant en ex RDA, elle fait partie du mouvement de la jeunesse allemande libre, dirigé par les socialistes. Déjà, elle montre ses compétences de futur leader en devenant représentante du conseil de district et secrétaire de l’Agitprop – la campagne d’agitation et de propagande du mouvement de jeunesse.  Plus tard, elle part pour Berlin avec son époux. Elle est admise comme collaboratrice à l'Institut central de chimie-physique de l'Académie des sciences de Berlin-Est et obtient sa thèse de doctorat en chimie quantique en 1986 (intitulée « Étude du mécanisme des réactions de décomposition avec rupture de la liaison simple et calcul de leurs constantes de vitesse sur la base de la chimie quantique et des méthodes statistiques »), avec la mention très bien… Elle est l’auteur de plusieurs publications scientifiques. En 1977, elle épouse le physicien Ulrich Merkel.  Après son divorce en 1987, elle décide de conserver le nom de Merkel. Elle se remarie en 1998 avec le professeur de chimie Joachim Sauer. Elle n'a pas d'enfant.

 

Autorité, pragmatisme, longévité

De sa carrière scientifique, elle garde une insatiable curiosité mais aussi le goût du détail, du choix argumenté et basé sur les faits plutôt que les idées préconçues. Les allemands louent son calme, son autorité et son pragmatisme. Elle ne cherche pas à faire des gagnants et des perdants, mais à trouver une solution qui convienne à tous, même quand cela semble désespéré... Elle garde toujours la tête froide et cite souvent cette maxime : « Dans le calme réside la force » ou encore : « Nous pouvons y arriver » (Wir schaffen das). Dans un milieu très masculin, Angela Merkel prend l’exact contre-pied des hommes politiques allemands, un brin donneurs de leçons. Ses discours sont pédagogiques et ne tombent jamais dans la provocation. Élue en 2005, les jeunes allemands n'ont jamais connu qu'elle.  Elle a dirigé près de 80 millions d’allemands pendant 16 ans, fidèle à ses principes : réalisme, prudence, flexibilité, sobriété, et engagement moral. Elle restera dans la mémoire des allemands comme la « Machtfrau », (la femme de pouvoir) qui a réussi à se hisser au sommet en tant qu’« outsider », dans un monde dominé par les hommes. De Jacques Chirac à Emmanuel Macron, en passant par Nicolas Sarkozy et François Hollande, Angela Merkel a fréquenté quatre présidents français durant son long mandat (2005-2021). Elle a incarné la stabilité du « couple franco-allemand », dans une période marquée par une succession de crises.

 

Une femme sobre, authentique et drôle

Ce n’est un secret pour personne, Madame Merkel se moque du « m’as-tu-vu », du glamour, se contrefiche d’arborer le dernier sac à main Louis Vuitton ou de porter les vêtements des plus grands couturiers. Elle n’apparait pas dans les rues de Berlin pour être photographiée ou sur des estrades pour se faire aduler… La mode et tout ce qui brille la laissent complètement indifférente ! Elle n’a jamais changé son style vestimentaire ! Elle est toujours vêtue du même uniforme : veste de tailleur boutonnée, déclinée dans toutes les couleurs, et pantalon à la coupe droite assorti. Lors d’une conférence de presse, une journaliste lui a demandé : Nous remarquons que votre garde-robe est répétée, n’en avez-vous pas une autre ? Elle a répondu tout simplement : « Je suis une employée du gouvernement et non un top model ! »;-)… À la question : avez-vous des femmes de ménage ? Sa réponse est la suivante : « Non, je n’ai pas de femme de ménage et je n’en ai pas besoin.  Mon mari et moi faisons ce travail à la maison tous les jours». Madame la Chancelière fait ses courses elle-même, dans son quartier. Elle a toujours refusé d’emménager à la chancellerie et vit dans un trois-pièces sobrement décoré à quelques minutes de celle-ci.  Derrière son apparence de femme froide et autoritaire, elle a un humour malicieux et taquin et tente constamment de voir le côté drôle de la vie. Et lorsque certains de ses homologues se montrent « étourdis » lors des protocoles, elle n’hésite pas à les « recadrer » avec humour, à l’instar de François Hollande, arrivé en retard lors de sa visite à Berlin en 2012 et très hésitant sur le tapis rouge, petite vidéo ici ;-)  Un jour, lorsqu’on lui a demandé, lors d’une conférence de presse à Bruxelles, si elle « faisait confiance » à Silvio Berlusconi, (alors Premier ministre italien), elle n’a rien dit, mais a simplement levé les yeux au plafond…  

À l’aube de sa retraite politique, interrogée sur ses futurs projets, elle a lancé : « Je commencerai par faire une petite sieste » … Elle restera une icône pour beaucoup de gens, une fierté pour les femmes allemandes ; c’est une grande Dame qui quitte le pouvoir !

 

Le charisme de cette femme vous inspire-t-il ? Que pensez-vous de son parcours et de sa personnalité ?

 

 

Photo © Pixabay

Betty_Nelly, 14.10.2021