La ménopause : une approche bienveillante est-elle possible ?

La ménopause : une approche bienveillante est-elle possible ?

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La ménopause est une période redoutée par beaucoup de femmes et souvent vécue comme un tournant déstabilisant. Et il y a de quoi, car les symptômes physiques et psychologiques liés au déclin ovarien peuvent être très invalidants. Pourtant, ceux-ci ne seraient-ils pas atténués si la société adoptait un regard plus serein sur cette phase de la vie et brisait les tabous qui l’entourent ? Ce sujet questionne en effet notre rapport à la vieillesse, notre image idéalisée de la femme fertile et les injonctions dont la gent féminine fait l’objet. Nous reviendrons tout d’abord sur les symptômes liés à la ménopause et sur le ressenti des françaises. Nous verrons ensuite en quoi la question est traitée d’une façon encore très médicalisée et reste largement tabou avant de survoler les pistes qui émergent pour rendre cette période plus douce.

 

Un tournant souvent difficile à vivre

Le terme ménopause apparaît pour la première fois en France en 1821 dans l’ouvrage du médecin Charles Pierre Louis de Gardanne : « De la ménopause ou de l’âge critique des femmes ». La ménopause se définit comme un arrêt permanent des menstruations résultant d’une perte de l’activité folliculaire ovarienne (définition OMS 1996). La ménopause naturelle intervient en moyenne dans la population européenne entre 50 ans et 51 ans et demi. La carence en œstrogènes liée au vieillissement des ovaires entraine souvent des symptômes physiques invalidants : bouffées de chaleur, insomnies, ostéoporose, baisse de la libido, vieillissement cutané, risques cardio-vasculaires accrus… De même, des troubles psychologiques sont souvent signalés : troubles de l’humeur, déprime… Si ceux-ci sont liés aux changements hormonaux, ils découlent également d’autres facteurs. Pour des femmes ayant vécu la maternité avec délectation, il n’est pas toujours facile d’accepter que cette période soit derrière elles. La ménopause, c’est aussi souvent le moment où les enfants quittent le nid familial et cette transition est parfois douloureuse à vivre pour les parents.

Pour avoir une idée plus précise de l’impact de la ménopause en France, l’inserm a publié en 2017 les chiffres suivants : 80% des femmes affirment avoir au moins un autre symptôme que l’arrêt des règles, 20 à 25% se plaignent de troubles affectant leur qualité de vie et 8 à 10% des femmes prennent un traitement hormonal.

 

La ménopause, trop souvent stigmatisée   

La ménopause est, dans les sociétés occidentales, souvent perçue comme pathologique et est donc très médicalisée. Pour Cécile Charlap, docteure en sociologie : « au XXe siècle, les recherches sur des traitements hormonaux n'étaient pourtant pas en lien avec la ménopause, mais avec des maladies ou les désordres du cycle menstruel. Mais une logique économique s'est emparée de l'industrie pharmaceutique pour pousser le traitement hormonal. Depuis, la ménopause est « pathologisée », médicalisée, « pharmacologisée » : elle est devenue une maladie ». On note une lecture souvent catastrophiste et les médias notamment s’emparent régulièrement du sujet en le généralisant. Or, toutes les femmes ne sont pas touchées de la même façon.  Cette approche ne découle -t-’elle pas des stéréotypes qui touchent les femmes dans nos sociétés occidentales ? L’idéalisation de la femme jeune et féconde et au contraire la marginalisation de la femme mûre ? A noter qu’au Japon par exemple, il n’existe pas de terme pour définir la ménopause. On utilise le terme de « konenki », qui se réfère au vieillissement physique et concerne aussi bien les hommes que les femmes. Et c’est à ce stade de maturité que la femme japonaise (tout comme dans d’autres sociétés, africaines notamment) est la plus valorisée. Elle est perçue comme le pilier de la famille multi-générationnelle chargée de veiller au bien-être des enfants, conjoint, petits-enfants et parents âgés. Enfin, il est à noter que cette représentation plutôt négative de la ménopause pousse au tabou. Un récent sondage commandé par MGEN, la Fondation des Femmes et Femme Actuelle révèle que 40% des femmes considèrent le sujet comme « pénible » et ne préfèrent pas y penser, 39% n’en parlent jamais et seule une femme sur deux l’a évoqué avec son conjoint. Le tabou est en particulier entretenu dans le monde professionnel où les femmes mûres ont peur d’être discriminées et mal vues par leurs collègues.

 

Libérer la parole

A l’instar des règles et du problème de l’endométriose aujourd’hui largement évoqué dans les médias, ne serait-il pas temps de parler plus naturellement de la ménopause ? Dans les entreprises notamment, en prenant en compte les symptômes invalidants que rencontrent certaines femmes ? La députée britannique Rachel Maclean s’exprime clairement sur le sujet, et souhaite que dans chaque entreprise les femmes puissent prendre des dispositions d’aménagement de leur temps de travail en fonction de leurs différents symptômes. Peut-être serait-il aussi souhaitable de donner la parole aux femmes qui vivent cette phase comme une libération : d’un côté fini les règles et le stress du contraceptif ; de l’autre, vive le début d’une « deuxième » vie plus tournée vers les loisirs, libérée des contraintes familiales et permettant donc une véritable affirmation professionnelle ? Enfin la question de l’information doit elle aussi être évoquée. Quels sont les risques véritables liés aux THS (traitements hormonaux substitutifs) ? Remis en cause au début des années 2000 par des études scientifiques américaines, les femmes peuvent être un peu perdues quant à leur usage. Vaut-il mieux alors privilégier les alternatives naturelles ? Nous évoluons actuellement dans une société vieillissante qui prend de plus en plus en compte les problématiques des seniors. Encourageant pour un sujet tel que la ménopause qui va peut-être enfin pouvoir être appréhendé sous un nouvel angle…

 

Mesdames, comment vivez-vous / avez-vous vécu cette période? Est-ce un sujet que vous évoquez facilement ? Que pensez-vous de l’approche de la société et du corps médical ? Messieurs, avez-vous noté des changements importants chez votre conjointe à cette période de sa vie, avez-vous pu l’évoquer avec elle ? Vos témoignages nous intéressent !

 

Photo © Adobe – Auteur : fizkes

charlotte4575, 25.06.2020

charlotte4575
1 | 29.06.2020 10:11

Merci à toutes de vous être exprimées avec autant de sincérité.
Pour répondre à Amélie, je n'étais au départ pas forcément angoissée par le sujet mais par contre beaucoup plus après m'être informée pour écrire cet article!. Me voilà grâce à l'ensemble de vos témoignages positifs rassurée :-) Merci!
Bonne journée.

Charlotte

AMELIE97
1 | 28.06.2020 13:51

Charlotte, au cas où vous auriez eu peur de la ménopause à venir, et bien vous voilà rassurée... Il y a quelque chose tout de même de mochement venu avec cette engrosseuse de ménopause : c'est l'enflure du tour de taille... et rien à faire. Mais j'ai remarqué que certaines femmes gardaient leur silhouette impeccable. Moi je tiens de ma grand-mère paternelle. Un jour tombée entre les deux marches du couloir, elle y est restée jusqu'au retour de mon père et de mon oncle car ma soeur, ma tante et moi, on n'a jamais pu la remettre sur ses pieds. Si ma mère, corsetée, raide et mince presque jusqu'à sa mort me voyait, elle me crierait dessus des horreurs... Bon, c'est comme ça !!! Mais après tout, les messieurs eux aussi prennent de l'embonpoint et la mode vestimentaire ne leur permet guère de le cacher.

AMELIE97
3 | 26.06.2020 05:38

Je préfère mille fois mon bien être sans règles. Le seul qui n'a pas été content de ma ménopause c'est mon ex mari. Il faut dire qu'on prenait ma petite fille bébé pour mon enfant et qu'il a toujours voulu m'en faire un. Franchement ma première maternité m'a traumatisée à vie et en plus j'avais toujours la hantise d'oublier la pilule quand j'ai pu la prendre, j'ai un souvenir effroyable de l'aiguille à tricoter. Je crois l'avoir dit trente six fois sur ce site, perso, je m'aime bien en tant qu'être humai n, en tant que femelle , non et non et non. Je prends un substitut hormonal qui entretient la résistance des os (j'avais commencé par ne rien vouloir du tout et j'ai été déprimée, je me suis fait une fracture au pied qui me laisse des séquelles et j'ai vite compris le bienfait de ce substitut ; j'ai eu plusieurs marques, actuellement c'est Climaston au plus faible dosage), la santé de la peau, évite beaucoup de désagréments androgynes tels que pilosité mal placée, maintient la fermeté des seins aussi . Depuis 5-6 ans il m'a fallu batailler pour garder ce substitut. Une presse imbécile a rendu coupables NOS, j'insiste NOS substituts hormonaux FRANçAIS , coupables - QUelle connerie !!! - du cancer du sein. Mais toutes les enquêtes nous viennent de nos bien-aimés des USA avec leurs produits qui n'obéissent pas à des enquêtes aussi poussées que les nôtres. Faut-il rappeler que la France est un des derniers pays de l'Europe occidentale à avoir admis la pilule contraceptive pour des raisons de soi disant dangers (les filles qui partaient au pair en Angleterre l'obtenaient à 17 ans, grâce à leur tutrice et nous à 21 ans en France, il nous a fallu attendre 5 ans de plus pour l'avoir !!!) . Bref, la ménopause je dis oui, nous avons cet avantage, voulu par la nature d'arrêter notre fécondité afin que nos enfants soient élevés avant déchéance physique, ce qui n'est pas le cas des hommes, féconds jusqu'à l'extrême onction mais encore leur faut-il une jeunette qui se mette à l'ouvrage pour leur raidir le goupillon. Et bien, nous jouissons enfin d'une libération sexuelle pendant nos règles et pendant notre ménopause et cela ne fait pas de nous des dévergondées, des putes (je pense au dernier article de Betty-Nelly) et nous autorise à une grande fête quand sonne enfin l'heure pour nous du démon de midi. Enfin, il faudrait arrêter de faire passer la ménopause pour le glas de la féminité. Je ne me suis jamais autorisée à soigner la mienne autant que depuis je ne travaille plus. Le travail, ça c'est un carcan, ne changeons pas les données. La ménopause, c'est une pause des emmerdements durable. Merci la ménopause.

Edel13
3 | 25.06.2020 21:35

Je ne vais pas faire mieux que Rosalie et Mareva
Temps béni de la ménopause, je n'y ai trouvé aucun désagrément
Enfin si peut-être un ... les poils qui ne tiennent plus sur le haut de crâne, se multiplient sur le menton et la moustache LOL, et puis aussi la déformation osseuse qui fait que j'ai déjà commencé à rapeutisser ;). J'attends de voir vers quel côté je vais pencher ...
Mais franchement, rien que ne plus être emmiellée tous les mois, ça ... ça n'a pas de prix ... Ne plu être dans le stress quand les règles sont là parce qu'elles sont là et quand elles ne sont pas là parce que P.....n elles sont toujours pas là ... Ouffff Bénie soit la ménopause ;)

mareva833
3 | 25.06.2020 19:12

moi aussi aucun probleme de menaupose au contraire

rosalie39
3 | 25.06.2020 18:26

Je suis peut être une exception, j'ai vécu cette période sans symptômes. Pas de bouffée de chaleur, ni autres signes. Seule une perte de cheveux mais, il en reste encore suffisamment.
J'avoue que j'ai été soulagée, la fin de ma stérilité a été pénible.
Et puis le vieillissement, en l'acceptant, nous pouvons bien le vivre.
Même dans une société jeuniste, je pense avoir ma place. J'ai des amies de 45 ans, je les trouve bien plus angoissées que moi.
A quand un sujet sur l'andropause ?
On en parle encore moins.
Bonne soirée à tous.