La psychanalyse aujourd'hui

La psychanalyse aujourd'hui

7 | 3915 Consultations

L’empreinte de la psychanalyse, science fondée par Freud à la fin du XIXème siècle, se retrouve partout dans nos vies, mais elle est défiée ces temps-ci par les neurosciences et les thérapies cognitives et ne cesse d'être critiquée. Serait-elle donc périmée ? Plutôt que de tirer un trait définitif comme y incite le sous-titre du « Le livre noir de la psychanalyse » : « vivre, penser et aller mieux sans Freud », la solution serait peut-être de concilier les différentes approches désormais à notre disposition.

 

Des théories dépassées par le progrès des neurosciences

Pendant plus de 100 ans, la psychanalyse a envahi des domaines tels que la psychologie, la psychiatrie, l’éducation et plus généralement notre culture. Il y a peu de temps encore on parlait de lapsus ou d’acte manqué. Désormais, on dira plus volontiers qu’on « zappe » ou qu’on est « déconnecté ». En effet, les progrès des neurosciences ont créé d’autres grilles de lecture pour comprendre notre psychisme. De nouvelles psychothérapies, comportementales ou cognitives, reposant sur ces avancées de la science ont vu jour et remisé le divan à la cave. Cependant en France, la psychanalyse continue de résister tout en étant l’objet de critiques et de débats passionnés.

Pour Didier Pleux, directeur de l’Institut français de thérapie cognitive et auteur de l’ouvrage « La Révolution du divan », l’emprise des dogmes freudiens tels que le complexe d’Œdipe, le pansexualisme ou les parents toxiques – pour ne citer qu’eux – est hors réalité, voire anachronique. Comment peut-on encore parler de refoulement dans une société qui favorise au contraire un peu trop le défoulement ? Pour lui, la science de Freud est même inefficace et se résume à un « voyage narcissique ». Elle est incapable de « soigner une personne en souffrance pathologique ». En effet, il est trop réducteur – voir complétement faux – d’expliquer l’autisme d’un enfant par le simple fait que sa mère ne se soit pas montrée pas assez aimante ou bien encore accuser le lien mère-fille quand cette dernière souffre d’anorexie. Enfin, il est important de remettre en question « la toute-puissance de l’inconscient freudien » et de faire plutôt appel à « des forces du conscient, qu’on peut retrouver par un accompagnement plus directif, qui redonne sa responsabilité au patient, qui n’est pas uniquement victime de forces inconscientes. »

 

Un changement de civilisation

Pour le psychanalyste Roland Gori, le déclin de la psychanalyse aurait surtout des causes sociales : celle-ci ne serait plus en phase avec notre société contemporaine. Née à l’aube du XXème siècle, elle s’est créée en opposition au postulat qui voulait que les progrès de la science et des technologies soient les seuls à même de libérer les hommes. Dans cette société technicienne en devenir, elle proposait une sorte d’alternative à cette hégémonie de la raison en mettant en avant d’autres qualités telles que l’imagination, la parole ou les rêves. Mais les valeurs qu’elle incarnait sont aujourd’hui en crise. Alors qu’elle était considérée en son temps comme révolutionnaire, voire subversive, elle est perçue aujourd’hui comme conservatrice. Fini les cures sur le divan qui s’éternisent sur des années et cherchent difficilement à extraire la racine du mal ! Place aux thérapies brèves (en 10 ou 15 séances) se focalisant sur la consolidation du moi : l'hypnose, la programmation neurolinguistique (PNL), les thérapies comportementales et cognitives (TCC) et les thérapies corporelles (sophrologie, yoga) ont le vent en poupe.

Mais on pourrait alors se demander si ces nouvelles thérapies, en délaissant le passé et ne s'intéressant qu'au présent, ne contribueraient pas uniquement à effacer les symptômes, sans pour autant en comprendre l’origine. Ne seraient-elles pas en fait uniquement des astuces pour ne plus dialoguer avec notre inconscient ? L’objectif des psychologues ne serait-il pas d’améliorer un peu l'état mental de leurs patients afin de leur permettre de retourner au travail et tant pis si le résultat est peu probant ?

 

Tirer profit de tous les outils

Il est évident que certaines formulations de Freud, enracinées dans la culture de la bourgeoisie viennoise de son époque, sont aujourd’hui obsolètes, voire réactionnaires et machistes. Il ne faut bien entendu pas prendre ses textes au pied de la lettre mais plutôt les remettre en question et leur trouver une nouvelle interprétation adaptée à notre époque. Comme Freud le faisait d’ailleurs à son époque, les spécialistes doivent se tenir informés et prendre en compte les différents progrès réalisés dans les domaines les concernant. Pour Patrice Huerre, psychiatre et psychanalyste, la psychanalyse a simplement été remise à sa juste place : « Après une période d’exaltation, où on l’a mise à toutes les sauces, elle n’est plus la seule grille de lecture de tout. (…) Et c’est plutôt sain ».

Les références théoriques et pratiques des psychiatres se sont diversifiées grâce aux nouvelles recherches et c’est cette diversité d’approches qui permettra de mieux comprendre la complexité du psychisme humain et d’apporter les solutions les plus adaptées à ses souffrances. Toutes les cures ou moyens à notre disposition doivent être considérés comme autant d’outils qui seuls ne pourraient pas résoudre tous les problèmes mais qui, associés et adaptés à chaque patient, contribueront à trouver des solutions efficaces et durables.

 

 

Ainsi, les différentes sciences et thérapies actuelles doivent apprendre à dialoguer entre elles et surtout, c’est également au patient de voir quelles solutions lui correspondent le mieux. Non, la psychanalyse n’est pas à mettre au placard et elle a même encore de beaux jours devant elle si elle sait se renouveler et s’adapter aux progrès de notre civilisation. En effet, elle est également empreinte de valeurs intemporelles qui font parfois cruellement défaut à notre société ces derniers temps : l’importance de la parole, du dialogue et de cette attention à l’autre. Prenons le temps de nous écouter !

Avez-vous suivi une psychanalyse ou bien une autre thérapie ? Quel est votre avis sur ce sujet ? N’hésitez pas à partager avec nous vos pensées en commentant cet article.

 

Photo : © Fotolia – pict rider

 

Betty_Nelly, 29.06.2017

Cet article ne dispose encore d'aucun commentaire.