Réflexion sur le toucher

Réflexion sur le toucher

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Donner une poignée de main, faire une accolade, poser sa main sur celle de l’autre, passer les bras sur ses épaules, se faire des câlins, des bisous : tous ces gestes communs, parfois machinaux, ancrés dans notre quotidien sont censurés le temps du confinement. Or les contacts humains, le toucher, les gestes affectifs sont une façon de faire ressentir à ceux qu’on aime notre attachement. Combien de personnes doivent être en manque de contacts tactiles en cette période si délicate ? En quoi le toucher est-il si important pour notre santé ? Creusons un peu.

 

Contacts humains et avancées technologiques

La technologie très avancée dont nous disposons est un véritable allié en période de confinement. Force est de constater que pour garder une vie sociale active pendant une quarantaine, on peut heureusement tirer profit de toutes ces avancées technologiques que nous avons à notre disposition. Selon Nellie Bowles, journaliste américaine, au New York ­Times, tous ces écrans lisses et froids qu’on touche, tâte, tripote, remplaceraient allègrement les contacts humains, devenus des « produits de luxe ». Le magazine en ligne britannique Unnherd estime pour sa part que, plus que jamais, le numérique va nous enfermer dans nos « forteresses d’écrans ». Alors les émoticônes en tout genre, les baisers mimés, les cœurs et autres symboles seraient-ils vraiment capables de faire concurrence aux embrassades ? Pas si sûr. Les relations par Internet sont sympas, certes, mais rien ne remplace les véritables rencontres et les vrais bisous, smack, ptits becs, baisers !;-). A tous les âges de notre vie, on a besoin de contacts humains. Ceux-ci sont un langage universel souvent utile quand les mots ne servent à rien ou sont difficiles… Par ailleurs, les contacts humains ont le double pouvoir de nous faire reconnecter avec nos propres émotions et de réveiller celles de la personne qu’on touche. Ils nous rappellent que nous sommes des êtres d’émotions et pas uniquement des êtres de production, rationnels et toujours réfléchis. Une belle accolade améliore notre humeur, donne un sentiment d’apaisement, diminue le stress, contribue à relâcher des tensions, offre le sentiment d’être compris et accepté. Le toucher nous ramène dans notre émotivité, dans un état de pleine conscience. C’est par le toucher qu’on peut se fixer plus souvent dans le moment présent. 

 

Le toucher, un geste qui soigne

Le toucher est présent dans toutes les activités humaines, de la naissance à la mort, dans tous les milieux, et dans tous les domaines de la vie, familial, professionnel, social etc. Le toucher a un poids affectif inestimable, le toucher est un besoin. Aux États-Unis, les premiers instituts de recherche sur le sujet ont apporté des preuves scientifiques, mesurées, des effets du toucher, et ont démontré sa valeur dans de nombreux domaines, qu'il s'agisse de l'enfance prématurée, des personnes âgées ou de certaines maladies. La peau et le contact direct sont de grands vecteurs de santé et le manque de toucher peut favoriser les maladies dégénératives. Il est reconnu par exemple que dans certains orphelinats, des enfants qui ne reçoivent pas de caresses, ne sont pas mis en contact avec d’autres personnes et sont laissés seuls à eux-mêmes, développent des pathologies d’autisme et de nervosité et sont retardés dans leur développement physique et mental. D’autre part, le toucher réconforte. Si un proche traverse une épreuve difficile (maladie, deuil, chagrin, déception), notre premier réflexe est de le prendre dans nos bras ou de mettre une main sur son épaule. Si nous ne trouvons pas les mots qui consolent, nos gestes tendres témoignent de notre intérêt pour cette personne, de notre empathie. Nous avons besoin de gestes qui nous lient aux autres, car ces derniers ont un impact sur notre bien-être. Par le toucher, on peut rassurer, réconforter, consoler, calmer, apaiser les tensions, développer la confiance, sécuriser. D’où la frustration que nombre d’entre nous éprouvons en cette période délicate de confinement. Ceux qui ont la chance d’avoir des animaux de compagnie comblent ce manque actuel avec eux, pour le plus grand bonheur de ces derniers ;-)

 

Déconfinement et évolution des gestes tactiles

Si la majorité d’entre nous apprécient les accolades et autres embrassades, d’autres en revanche ont toujours été frileux, voire réticents à ce genre de contact, ces gestes pouvant provoquer chez eux un certain malaise. Les raisons en sont variées : pudeur, hygiène etc. Ces personnes souffrent beaucoup moins du confinement.  On peut se demander comment ces contacts humains sont censés évoluer lors du déconfinement ? « Certains trouveront la bise encombrante, d'autres voudront se rattraper » affirme le chercheur David Le Breton, qui ajoute : « je pense que la pratique des poignées de mains entre hommes perdurera, alors que la bise, pratique, plus féminine, plus personnelle et volontariste, pourrait faire les frais de cette période de confinement. Certaines personnes estimaient déjà qu'elles en avaient assez de faire la bise dans le milieu professionnel, elles se sentaient incommodées, et ça va continuer »… Paradoxalement selon lui, il faut s’attendre aussi à des moments de retrouvailles très chaleureuses !  

A votre avis, peut-on s’attendre à de grands moments de fraternisation dès que le glas du confinement aura sonné ? À l’heure où l’on doit se tenir à l’écart les uns des autres, quel avenir pour l’accolade, l’embrassade en dehors des cadres familiaux et intimes ?

Éprouvez-vous une joie anticipée à l’idée de pouvoir serrer dans vos bras vos proches ? Ou au contraire, allez-vous désormais être davantage sur votre garde et éviter au maximum les contacts tactiles ?

 

 

Photo © Fotolia – Auteur : ottochka

 

 

Betty_Nelly, 09.04.2020

Ofeline
0 | 14.04.2020 16:56

Les distances entre individus ,qu'il s'agisse de gestes de politesse, de saluts ou d'affections, sont très liés à la culture . grandes démonstrations et accolades dans les pays latins, saluts distants dans les cultures asiatiques ... Personnellement j'aime réserver les signes d'affection à mes plus proches et appréciais peu ou pas du tout de devoir subir les embrassades d' inconnus qui prenaient l'initiative de dire bonjour avec des bises sur la joue plus ou moins appréciés. Les gestes barrières sont l'occasion de maintenir des distances que je trouvais souhaitables depuis longtemps mais il est toujours difficile de se dérober devant un geste amical. Je trouve important d'oser restreindre les gestes de tendresse aux proches avec qui on a envie être tendre . Finalement le baise main était moins intrusif ! et le salut à la japonaise est parfait pour les inconnus.

Lyne49
1 | 11.04.2020 10:48

Personnellement je fais des choix.. Une voisine m'a demandé de lui remettre sa boucle d'oreille car elle était mal fermée. J'ai refusé car cela me paraissait incongru.
Par contre une personne âgée de 90 ans qui me demande de l'accompagner pour faire quelques courses j' accepte.
Je ne suis tactile qu'avec ma famille ou mes amis (ies) en général... ou des occasions spéciales..
Mes enfants et petits enfants sont des petites merveilles que j'aimerais embrasser autrement que par le biais d'une caméra.

AMELIE97
4 | 10.04.2020 06:40

Merci Betty-Nelly pour cet article qui me rappelle le gals que cela a été lorsque dans mon groupe, on a remplacé le bisou par le coup de pied chaussé qui me semble aussi insultant qu'une mise à la porte...
Non je ne crois pas que l'on aura de grand moments de fraternisation quand le confinement sera fini. En faisant la queue trois fois une hure à chaque fois hier, je me suis rendue compte que l'infirmier faisait remarquer qu'il devait passer avant, que le quinquagénaire faisait remarquer à la vendeuse qui est intervenue qu'il n'avait pas à laisser passer son tour, bref j'ai applaudi et finalement j'ai refusé de passer quand la vendeuse a voulu me faire passer juste après le quinqua (je n'avais que 8 articles) car le couple suivant ne proposait pas de laisser passer son tour mais me regardait avec dédain. Je me suis dit que les vieillardes étaient de trop dans cette société et qu'il fallait se la fermer.
Nous aurons définitivement tourné le dos à ces gestes d'approche si réconfortants, si légers en surface et si profonds de sens en même temps.
Je n'aurai personne à serrer dans mes bras et ma foi, la simple humanité solidaire me suffira de même qu'elle me suffit actuellement pour faire des courses qui ne sont pas pour moi le plus souvent mais qui me donnent un bon motif de sortie et de cran aussi car finalement je n'ai pas envie de sortir, non, j'en ai perdu le goût car je me suis rendue compte très vite de certaines facultés de repli insoupçonnées chez moi. .
Mais non, je ne serai pas sur mes gardes si on veut m'approcher, si on me laisse approcher, mettre ma main sur une épaule amie, faire un bisou. Quelle idée !!! Est ce que les animaux fuient leur contact ? Pas du tout, ils aiment s'épouiller, se gratter mutuellement, se lécher, et nous sommes animaux nous-mêmes.
J'aurai seulement appris un détachement de plus.

Edel13
4 | 09.04.2020 19:52

Je ne suis pas du tout tactile alors confinement ou pas, ça ne change rien pour moi.
Arrivée en Provence, je n'ai pas compris que tout le monde se faisait la bise femme/femme - Homme/homme - Homme/femme. Quand je suis arrivée dans l'entreprise, lorsque j'ai vu les gars s'embrasser entre-eux j'ai cru que c'était "la famille" :))).
Faire la bise à tout bout de champ est pour moi agançant, désagréable et faux-cul ... Car les gens s'embrassent tous les jours et se pourrissent la vie en dehors de cette marque de fraternité (enfin pas très faternel tout ça ^^).
Lorsque j'ai été muté dans le stock, nous étions une centaine dans ce bâtiment et le rituel du matin, c'était "léchage" de museau ... On perdait une heure minimum à pratiquer ce simulacre de convivialité ... J'ai tenu le coup environ 6 mois et puis j'ai averti qu' j'arrêtai cette pratique en ce qui me concerne, je faisais le tour du bâtiment en saluant verbalement tout le monde et j'ai arrêté les contacts physiques .
A part mes petits enfants, je n'embrasse pas non plus ma famille... sauf s'ils sont tristes ou malheureux ... ou pour une occasion spéciale :)))

Je ne sais pas si c'est toujours d'actualité, mais lorsque j'allais en Allemagne, on ne s'embrassait pas avec nos "familles" ou nos "collègues" allemands. On se saluait verbalement et c'était très bien ...
Il y a je pense aussi une question d'éducation en fonction du pays dont on est originaire ...

chayonne
3 | 09.04.2020 18:02

Merci Betty_Nelly...
Les bisous, les câlins, la tape sur l'épaule, font partie intégrante de notre civilisation occidentale.
Mais cela se limite aux membres d'une même famille, voir à nos proches, nos ami(e)s.

En général nous n'avons pas ce comportement avec des voisins, des inconnus, des étrangers.
Nous en ressentirions une gène ou un danger...ce serait malsain et cela pourrait donner de fausses idées à l'autre.
C'est même un devoir de protéger nos enfants en les mettant en garde contre les effusions "trop enthousiastes" !

Perso je me verrai mal être trop familière avec quelqu'un dont je viens à peine de faire connaissance.
Les embrassades sont des cadeaux et des signes de reconnaissance que l'on offre à qui comptent pour nous.

Je ne pense pas que le confinement changera quoi que ce soit à cela, surtout si le déconfinement se fait progressivement.
Bien au contraire.
Il met déjà une distance de protection que nous allons ajouter très certainement à notre relationnel.
...nos rencontres ne pourront qu'y gagner en sincérité et force, puisque les amours et amitiés trouveront un autre ciment dans l'attente des effusions.

Pourtant il y a une demande de tendresse de par le monde :
dans certains pays comme la Corée ou l'Amérique il existe les "Faiseurs de Câlins".
...c'est un métier et le Câlineur est payé pour faire des câlins !
...à quand en France ?
(peut-être déjà...)
(perso, je doute que cela marche...!)

Mais bon sang, qu'est-ce que je languis prendre mes enfant et petits-enfants dans mes bras et leur faire mille poutous...!

carole80
3 | 09.04.2020 17:11

Hélas, je crois que les gens seront méfiants . Pas avec les membres de leurs familles mais avec les autres .