Se libérer de son passé

Se libérer de son passé

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Faut-il se libérer du passé pour se construire un avenir ? Lorsque l’on a connu le pire, que l’on se sent accablé, arrêté par ce qui a manqué à nos vies ou nous est tombé dessus, la question se pose. Mais se libérer, qu’est-ce que ça veut dire ? Pour la psychanalyste Sarah Stern, « il est vain d’espérer oublier. Ce qui importe, c’est de pouvoir transformer le souvenir, faire en sorte que l’événement prenne une autre place dans notre vécu, qu’il nous affecte autrement. Il s’agit, à terme, de consentir à ce qui est arrivé, de ne plus lutter contre. Et mieux : « d’en faire quelque chose ». Tels ces parents en deuil, ces victimes de maltraitance ou d’attentats qui fondent des associations pour prévenir ou aider d’autres personnes à trouver le chemin de la résilience.

 

Tous traumatisés ?

Entre le drame et la vie qui reprend, il y a eu, le plus souvent, un accompagnement thérapeutique. Le temps, lui aussi, a fait son œuvre. Non pas pour effacer les cicatrices, mais pour laisser se déployer des processus de guérison. Ne sommes-nous pas tous, dans une certaine mesure, en lutte avec nos racines, notre enfance ou les leçons tirées de nos expériences ? « Du point de vue de la psychanalyse, nous sommes tous traumatisés », confirme Sarah Stern. « Est traumatique ce que l’on ne peut ni dire ni concevoir, résume la psychanalyste. Et dont, par conséquent, on ne parvient pas à se débrouiller. » Concrètement, que se passe-t-il lorsque l’on n’y arrive pas ? « On continue de subir en rejouant », décrit-elle. Subir des rôles, des scénarios dont on n’a pas conscience et qui nous manipulent. 

 

Des scénarios répétitifs

Comment débusquer ces marques du passé ? La psychothérapeute Laurie Hawkes suggère de se référer aux états du moi (selon ce que je vis, je peux aborder la réalité avec les pensées, émotions et comportements du parent auquel je m’identifie, de l’enfant que j’ai été ou de l’adulte que j’aspire à être) et le scénario de vie (dans ma construction, je me forge des croyances et je prends des décisions qui tendent à les confirmer). « Lorsque le passé nous emprisonne, développe-telle, l’état du moi enfant tend à prendre le dessus : nous nous décomposons, nous revivons des chagrins d’enfance ou alors nous faisons le clown. Et nous interprétons la réalité de la même manière qu’autrefois. » Un exemple : « Si ma mère m’a toujours intimé de me taire lorsque je prenais la parole, en me faisant sentir que je ne disais rien d’intéressant, je peux aujourd’hui continuer à me taire ou bien au contraire crier plus fort que les autres pour me faire entendre. Mais dans les deux cas, je confirme le scénario redouté : que l’on ne m’écoute pas. » Il faut relire les événements avec ma maturité actuelle, je peux prendre du recul et essayer d’autres solutions. Christine Juin, thérapeute humaniste et praticienne en constellations familiales, propose une rétrospective par « septaine » : recenser les événements marquants de son histoire entre 0 et 7 ans, entre 7 et 14 ans, etc. Pour elle, « il semblerait en effet que nous poursuivions des quêtes différentes par cycles de sept ans, séparés par des moments de crise (l’âge de raison, la puberté, l’entrée dans la vie sociale, etc.), et que ce que nous vivons dans chacun de ces cycles révèle des manques et des besoins qui continuent de nous animer ».

 

Des traces dans le corps

Plus que les faits réels, ce qui nous encombre dans notre passé, c’est la valeur, le pouvoir que nous leur attribuons : celui de constituer un moteur ou une entrave, de raviver ou réparer nos blessures, de confirmer ou pas les jugements qui ont pesé sur nous. Il s’agit de détacher les faits de l’interprétation que nous en faisons, pour pouvoir la réviser. Et si notre conscience n’y accède pas, notre corps, lui, en porte le témoignage. C’est pourquoi Claudia Gaulé, gestalt-thérapeute, veille à ramener régulièrement la conscience de son patient vers ses ressentis, ses gestes, sa posture. « Ce que nous avons vécu donne lieu à un certain nombre de fixités, d’habitudes d’enkystements émotionnels, analyse-t-elle. La peur, le chagrin ou la honte persistent à travers des réactions défensives et protectrices qui sont palpables, dès lors qu’on y prête attention. »

 

Le langage en héritage

Vouloir se libérer du passé conduit souvent à s’interroger sur ce dont nous avons hérité, qui ne nous appartient pas. Ces outils nous sont donnés par nos parents, la manière qu’ils ont de concevoir et formuler les choses, de parler de la vie avec leurs expériences, leurs préjugés, leurs impossibles, leurs traumatismes. « Notre propre parole contient ainsi tous les impacts de ceux qui nous ont appris à parler. Si l’on est rationnel, conclut-elle, on fait une analyse parce que les outils sont véreux, biaisés, partiaux. » Travailler sur soi permet de prendre la mesure du filtre, de la déformation. De départager ce qui nous a été transmis de précieux des valises trop lourdes à porter. Et d’envisager l’avenir avec un regard neuf.

Que pensez-vous de ce sujet ? Avez-vous fait des expériences dont vous voulez nous parler ?

 

Photo : © Fotolia - lorabarra

isabelle , 25.01.2018

AMELIE97
1 | 27.01.2018 14:46

Merci Isabelle ; j'ai lu votre explication mais j'attends mon prochain cours d'informatique pour comprendre comment je dois faire. Je suis désolée d'être aussi nulle. Bon, enfin, vous avez un double like, un pour l'article, super, et l'autre pour votre explication, et un troisième en bonus parce que nous... "le valons bien" (lol), les nulles et les cracks...

Edel13
1 | 27.01.2018 09:40

@Isabelle
Les likes sur le textes ne sont pas lisibles avec le magasine ouvert, par contre lorsque l'on passe par la barre outil de l'accueil "magazine" et "Aperçu" là les likes sont lisibles et dès que l'on ouvre le magazine pft... plus rien ^^

isabelle
0 | 26.01.2018 14:21

Les likes fonctionnent à nouveau. Amelie, essayez de nouveau. Avez-vous vidé votre cache? Pour explications voyez mon commentaire de ce matin dans le forum "Nouvel habillage".

dido9194
1 | 26.01.2018 13:09

Merci Isabelle pour cet article qui nous éclaire sur notre passé ,notre présent et notre futur!
Tout y est !
Cordialement

AMELIE97
1 | 26.01.2018 12:58

Je ne réussis toujours pas à faire fonctionner le like . Oui, il faut se libérer de son passé ; c'est une grande exigence vis-à-vis de soi ; il ne faut le faire ni dans la haine ni dans quelque excès de comportement contraire à celui que l'on a tenté en vain de nous inculquer. Etre fidèle à la fois à la transmission intergénérationnelle part le respect des valeurs qu'il faut alors respecter dans leur contexte, être suffisamment détaché pour regarder avec compassion ceux que l'on a détestés ; ce n'est pas évident et cependant ce n'est qu'une première étape de lucidité et d'avancée. La psychanalyse : je ne sais pas. J'ai côtoyé et aimé deux amies qui faisaient de la psychanalyse depuis 8 ans pour l'une l'autre depuis 9, et je les trouvais peu acceptantes, peu disposées aussi à se changer.
Il a fallu 50 ans pour qu'on se demande comment avaient survécu dans leur tête, les réchappés des camps de concentration et même des camps de la mort. Ils n'ont pas été aidés et ils ont aimé, ils ont travaillé, ils ont élevé leurs enfants sans rien leur dire de ce qu'ils avaient subi, et le comble, c'est qu'ils se posent la question quand leur enfant rate sa vie, si ce n'est pas leur faute quelque part !... Voilà, j'ai commencé à prôner la rémission des traumatismes, et pourtant je suis toujours révoltée parce qu'il y a semble-t-il continuité subconsciente, atavique de la culpabilité même si on n'est coupable de rien !

Edel13
2 | 25.01.2018 23:05

Chacun vit des expériences traumatisantes dans sa vie. Pour autant, ce ne sont pas ce qui ont affaire aux cas les plus graves qui sont plus traumatisés.
Pour preuve, s'il en faut, regardons les personnes qui vivent dans le dénouement le plus total à travers le monde et qui n'ont rien mais qui le partagent avec ceux qui ont moins que "rien" et qui trouvent en plus le temps de sourire et de rire.
Je crois que c'est une question d'individu. Certains tireront du bon de leur malheur pour se projeter vers l'avenir quand d'autres se laisserons couler dans des circonstances similaires.
Nous devenons ce que nous sommes, par les expériences que la vie nous donnent et les épreuves nous construisent également.
Je ne sais si je suis hors sujet ou pas, mais en 1977, j'avais une amie chilienne qui avait fui Pinochet et elle racontait que son père avait été enlevé un jour à l'université de Santiago où il exerçait et avait été rendus quelques jours plus tard à la famille dans des sacs poubelles. Le choc psychologique subit par sa mère avait été tel qu'elle s'était levée le lendemain avec les cheveux tout blancs. Le corps avait parlé ...

marie93
1 | 25.01.2018 20:51

Isabelle,

Très bien cet article, peut être pas se libérer de son passé mais l'apprivoiser et finir par l'aimer. Enfin, chaque être humain le vit selon ses forces et ses faiblesses, c'est comme ça que j'ai pu me reconstruire.

toujourscurieux
1 | 25.01.2018 17:48

Bonsoir Isabelle. Un seul mot:"Excellent";tout y est,manque rien. Je ne me
raconterai pas mais je retrouve beaucoup d'"états" vécus. A vous relire.
T.J.C. Surnommé par une copine du Club << Ronchon <<. Je revendique.