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La dépression chez les hommes est une souffrance souvent silencieuse. Dès l’enfance, ces derniers portent le poids « des normes masculines » : ils apprennent qu’ils doivent être forts, autonomes et résistants. Exprimer leur vulnérabilité est parfois perçu comme un aveu de faiblesse. Cette pression sociale pousse beaucoup d’hommes à taire leur mal-être, à minimiser leurs symptômes et à éviter de demander de l’aide. Résultat : les hommes consultent en moyenne plus tardivement que les femmes, malheureusement souvent lorsque la souffrance devient insupportable. Creusons un peu.
Une dépression différente dans son expression
Contrairement aux idées reçues, les hommes dépressifs ne présentent pas toujours les symptômes classiques de la dépression comme la tristesse, le désespoir ou encore une perte d’intérêt pour toute activité. Leur souffrance peut s’exprimer de manière plus indirecte : une irritabilité ou colère inhabituelle, des comportements agressifs ou impulsifs, une consommation excessive d’alcool ou de drogues, un surinvestissement dans le travail, un isolement social, des idées noires parfois masquées etc. Ces manifestations sont souvent interprétées comme des « problèmes de caractère » plutôt que comme les signes d’une dépression, retardant ainsi la prise en charge. Cela rend souvent le diagnostic plus compliqué parce qu’ils ont moins fréquemment recours aux soins: par stigmatisation ou en raison de normes culturelles. Les hommes, et particulièrement ceux de plus de 50 ans, sont souvent moins diagnostiqués que les femmes.
La dépression chez les hommes retraités
Elle est plus fréquente qu’on ne le pense, mais elle est souvent sous-diagnostiquée. La retraite peut effectivement fragiliser la perte de rôle et d’identité (fin du statut professionnel), une rupture des routines et par conséquent une baisse du sentiment d’utilité, un isolement social (moins de contacts quotidiens avec les collègues) etc. Les hommes peuvent être également confrontés à la perte de leur conjoint ou d’amis et à tout cela s’ajoute l’anxiété face au vieillissement. L’arrêt de travail et le retour « à plein temps » à la maison peut également entrainer des tensions dans la cohabitation avec leur conjointe… De plus, chez les hommes, il existe une réelle réticence à demander de l’aide. Il est alors primordial de redonner du sens à cette nouvelle étape de vie, en pratiquant par exemple le bénévolat ou le mentorat ; en ayant quoiqu’il en soit des projets personnels, afin de rester actif : exercer une activité physique régulière (même modérée), maintenir des liens : clubs, associations, groupes de parole entre hommes. Enfin, même si l’entourage vous soutient en vous écoutant sans minimiser, rien ne remplace le soutien d’une tierce personne, en l’occurrence celui d’un professionnel comme un psychologue. Il n’y a pas de honte à consulter !
Même les stars souffrent de dépression...
Prenons l’exemple de l’acteur américain Robin Williams. Ce dernier a longtemps parlé, parfois avec humour, parfois plus directement, de sa lutte contre la dépression et l’anxiété, malgré l’image publique d’un homme toujours drôle et énergique. Ce dernier souffrait de dépression depuis de nombreuses années. Comme chez beaucoup de personnes très créatives, son énergie et son humour pouvaient masquer des périodes profondes de mal-être. Il décrivait parfois la dépression comme « un vide silencieux », même lorsqu’il faisait rire des millions de personnes. Son histoire a contribué à faire comprendre que la dépression peut toucher n’importe qui, même les personnes admirées et apparemment heureuses. Le sourire et le succès ne protègent pas de la souffrance mentale. Autre exemple : Stromae. Le chanteur belge a évoqué ouvertement sa dépression sévère liée à un traitement contre le paludisme. Il a raconté avoir eu des pensées suicidaires et une angoisse constante, au point de devoir arrêter sa tournée.Son message fort : « la dépression peut frapper même quand tout semble aller bien de l’extérieur ». Citons encore l’acteur américain Jim Carrey, qui explique vivre avec des épisodes dépressifs récurrents, malgré son image publique de pitre et de personne ultra-énergique. Il décrit la dépression comme une « fatigue profonde de jouer un rôle ».
L’importance du dépistage
La dépression n’est pas une maladie à prendre à la légère ! Bien que les femmes soient diagnostiquées plus fréquemment, les hommes présentent un taux de suicide nettement plus élevé. Cela s’explique en partie par un recours moindre aux soins psychologiques, à une accumulation de souffrances non exprimées et à l’utilisation de moyens plus létaux. La dépression non traitée peut ainsi avoir des conséquences fatales, comme le suicide. Il est donc très important de dépister la maladie et de détecter les signes d’alerte comme : une perte d’intérêt durable pour des activités favorites, une fatigue persistante, des troubles du sommeil, une irritabilité constante, de la colère, des symptômes physiques inexpliqués (douleurs, troubles digestifs), des comportements inhabituels, des pensées suicidaires.
Reconnaître la dépression chez les hommes est un enjeu majeur de santé publique. Cela doit passer par une meilleure information, la déconstruction des stéréotypes de genre, un discours valorisant la demande d’aide et des professionnels formés aux spécificités masculines de la dépression.
Que vous évoque ce sujet ? N’hésitez pas à apporter votre témoignage !
Photo © Adobe – Auteur : Jürgen Fälchle
Betty_Nelly, 29.01.2026