L’abandonnisme

L’abandonnisme

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De nombreuses personnes ressentent une intense peur de l’abandon et une angoisse irrationnelle du rejet, qui les poussent à tout faire pour être acceptées : c’est l’abandonnisme. Il fut mis en évidence par Sigmund Freud, avant d’être étudié par d’autres psychanalystes comme René Spitz ou Germaine Guex. D’où vient cette peur de l’abandon ? Selon les spécialistes, elle puise sa source dans l’enfance. Cela produit tout au long de la vie une crainte du rejet, d’une séparation et témoigne surtout d’un manque de confiance en soi.

 

Un traumatisme qui vient de loin

« L’abandon est l’une des causes les plus courantes du mal-être et du mal de vivre ». Tel est le constat dressé par Daniel Dufour, médecin et animateur de stages de développement personnel. À l’origine de cette souffrance, qu’il appelle « l’abandonnite », « il y a toujours une situation mal vécue au cours de la vie fœtale, de la prime enfance ou de l’enfance, qui n’est pas forcément un abandon effectif ». Il peut s’agir d’un père absent, d’une mère débordée, un couple de parents fusionnels, ou encore l’arrivée d’un petit dernier, un séjour en pension, le décès d’un grand-père auquel nous étions particulièrement attachés. Soit ceux qui nous entouraient ont perçu, pris en compte et atténué nos peurs enfantines ; soit, pour des raisons éducatives, morales, faute de temps ou d’une véritable compréhension, ils n’ont pas accordé de valeur à nos angoisses. Et les ont renforcées. Ils n’ont pas pour autant fauté. Ils ne nous ont simplement pas appris à nous séparer avec confiance et sérénité.

 

Une crainte : être rejeté de nouveau

« En surface, le raisonnement, notre éducation, nous amènent à penser que tout cela n’est que du passé et doit être oublié. Mais à l’intérieur, ça “bout” » constate Daniel Dufour. Notre logique implacable conclut que, puisque nous avons pu être abandonnés, nous ne sommes pas dignes d’être aimés. Cette croyance va dès lors sous-tendre toutes nos relations sociales et affectives. « Nous allons ainsi osciller entre hypersociabilité et hyperagressivité, selon que nous ressentons le besoin viscéral d’être aimé ou que nous désirons provoquer le rejet de l’autre, convaincus que nous aurons inévitablement à le subir un jour ». Une personne qui souffre d’abandonnisme a en permanence peur d’être rejetée, et de revivre l’abandon qu’elle a subi pendant son enfance. Devenue adulte, elle a peu d’estime personnelle et a besoin d’être rassurée et reconnue. En effet, le plus important à ses yeux est d’être acceptée et aimée des autres. En cas d’échec, la personne abandonnique va ressentir de la culpabilité, et se dire qu’elle n’est pas digne d’être aimée. Parfois, la peur de l’abandon est tellement forte qu’elle s’isole et rejette d’elle-même les autres, préférant délaisser qu’être délaissée. Il y a ainsi une alternance de comportements paradoxaux : à certains moments la personne est prête à tout pour être acceptée au détriment de ses propres envies, et à d’autres elle est agressive et repousse les autres. La personne est piégée dans un cercle vicieux, et provoque elle-même l’abandon qu’elle cherche désespérément à éviter.

 

Conséquences sur la vie de couple

 Être en couple est difficile pour une personne touchée d’abandonnisme. S’engager dans une relation, c’est en effet s’exposer au risque de la voir se terminer et d’être rejeté une fois de plus. Le couple peut être souvent le lieu où nous réglons nos comptes avec notre enfance. Et nous projetons sur l’autre les angoisses du passé. Afin de prendre la mesure de son propre degré d’« abandonnite » et tenter de s’apaiser, la psychologue clinicienne Andréa Filia propose un test et des conseils. Pour se pardonner un jour d’avoir été abandonné, et mériter aujourd’hui d’être aimé.

 

Peu de confiance en soi

La personne abandonnique a peu confiance en elle, et a ainsi peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas être assez bien pour son partenaire. Cela la conduit à penser que la séparation est inéluctable. Si elle finit par se produire, ce sera une nouvelle preuve qu’elle n’est pas digne d’être aimée. La personne a ainsi besoin d’être rassurée en permanence par son partenaire, qui peut finir par être épuisé par ce constant besoin d’attention. En outre, plus la personne abandonnique développe des sentiments forts pour son partenaire, plus son angoisse grandit, et plus elle est en demande d’affection. Si la peur de l’abandon devient trop forte, elle peut décider de rompre pour se protéger, croyant à tort anticiper une séparation inévitable. « Cette souffrance a deux versants » explique Daniel Dufour. « D’un côté, le sentiment de ne pas correspondre à ce que notre partenaire attend; de l’autre, la certitude que la rupture est inéluctable ». Se soigner de l’abandonnisme est possible, mais demande un important travail sur soi. Le mieux est de faire appel à un psychothérapeute. La personne abandonnique doit avant tout apprendre à s’accepter et à développer son amour propre. En se réconciliant avec elle-même, elle ne sera plus dépendante de l’acceptation et de l’affection d’autrui. Cela lui permettra d’aborder plus sereinement ses relations avec les autres (en particulier dans sa vie de couple), et de dépasser la blessure de l’enfance.

Etes-vous touché(e) par ce sentiment d’abandon? Que vous évoque ce thème ? Vos témoignages nous intéressent !

 

Photo © Fotolia – Auteur : ArTo

Article rédigé par Betty_Nelly

charlotte4575, 29.05.2019

Edel13
2 | 30.05.2019 11:22

Pour se sentir abandonné, faut-il encore sentir appartenir à quelque chose ou à quelqu'un et qui plus est surtout avoir envie d'y appartenir.

On m'a appris très jeune qu'il ne fallait compter que sur soi et surtout ne jamais renier ce que l'on est et ne jamais courber l'échine. Et puis, je me suis élevée dans une famille où les portes étaient toujours ouvertes à tout le monde... ça entrait et sortait en permanence de chez nous et le pas grand chose se partageait avec ceux qui en avait encore moins. Je pense que c'est un bon point de départ ^^. Après ce n'était pas le pays des bisounours loin s'en faut, mais je n'ai pas "manqué".
Une autre valeur qui a dû faire de moi ce que je suis, c'est que j'étais dans une famille à l'écoute, mais qui n'était pas pour majorité affectueuse ni tactile et comme je ne l'étais pas ça me convenait très bien. Celui qui a dû en souffrir c'est mon père qui était un "marchand de bisous" et que j'envoyais bouler de manière systématique (Il racontait que j'ai commencé, j'étais dans la chaise haute dès qu'il s'approchait pour me serrer je lui disais "no me mires, no me toques, dejame")
J'ai aimé ma famille, mais sa disparition ne m'a jamais rendu triste car j'ai eu conscience très jeune que la mort faisait partie de la vie et que celui qui partait n'était pas à plaindre.
J'ai toujours eu la certitude (avec un secret espoir que ce soit ainsi) que je finirai seule car je ne veux pas que l'on gère ma vie, ma hantise c'est que ma fille se sente un jour obligée de me "gérer" car vieillissante de trop et devenant sénile. Pour le moment, je suis tranquille, elle fait sa vie et moi la mienne sans que nous ne nous rendions des comptes l'une à l'autre, nous savons chacune que l'autre est là en cas de besoin c'est bien suffisant.

Je crois être sociable, mais ça ne me dérange pas que d'autres ne m'aime pas. Au contraire, je trouverai très malsain de me trouver face à des personnes qui veuillent que je les aime alors qu'elles m'indiffèrent, puis je préfère l'indifférence ou l'adversité à une apparente bienveillance et une fausse empathie (pourtant légion)

ça ne me dérange pas d'être seule, mais je le suis rarement car je pratique la collocation alors j'ai des échanges qui sont à mon goût, càd de courte durée, enrichissant par la nature des rencontres, toujours renouvelés et laissant pour certains un fil d'Ariane qui permet de voir des "enfants" devenir des "hommes". En conclusion Lucky Luke a fait sa valise et je suis "seule" pour quelques mois :)))

Dokkaz
4 | 29.05.2019 18:26

Bonjour Charlotte, j'ai longtemps ressenti ce besoin viscéral d'être aimée, je me suis "écrasée" plus souvent qu'à mon tour, j'ai passé l'éponge, je ne donnais pas mon avis pour ne pas contrer l'autre. En fin de compte, je me suis aperçu que cette attitude n'empêchait pas de me trouver antipathique, et que l'on profitait de cet état de choses à mes dépends.

Certains événements de ma vie m'ont fait beaucoup réfléchir, j'ai adopté la solitude comme compagne de chaque jour, je ne donne pas facilement ma confiance. J'ose dire mon désaccord, à prendre parti, selon ma propre éthique. J'ai une attitude totalement opposé à celle que j'avais avant ces événements.

Lorsque j'avais environ 8/9 mois, mes parents, par obligation, ont dû nous laisser, mon frère et moi, dans un pensionnat. La relation mère/fille s'est brisée et nous n'avons jamais pu la rétablir. Ceci explique peut-être mon attitude...

AMELIE97
2 | 29.05.2019 17:58

Je ne sais pas si je souffre d'abandonnisme. Je sais que je serai rejetée tout comme sont rejetés les malades paralysés, les personnes en EHPAD. C'est une REALITE et vous ne pouvez la nier. Nous sommes sur un site du 3ème âge et certain/e/s abordent le quatrième ou l'ont déjà abordé. Quand ils gèrent leur quotidien, tout va. Les gens sont d'incorrigibles rêveurs, épicuriens, bâtisseurs d'avenir. Oui, très bien. Un jour vient où le mari abandonne sa femme qui est trop malade, et la femme abandonne son mari qui l'est trop de même. Mais n'empêche que le "survivant" avant même que l'autre ne soit décédé déjà convole avec un/e autre, ou cherche à convoler. Par "amour"... ? ah non. Le vrai amour serait justement l'évitement raisonné et généreux de ce sentiment certain d'être abandonné/e un jour. C'est la solidarité, la confiance, l'aide mutuelle par le sourire, le soin, la joie de pouvoir tenir ensemble, le sentiment du coeur et de la préservation de l'autre autant que de soi-même. Aussi, le remède de l'abandonnisme, de ce sentiment (qui en ce moment m'étreint parce que ma soeur, en EHPAD, plus personne ne vient la voir, lui apporter son ligne propre, etc...et je sais que mon tour viendra comme il est venu aussi pour G. dont j'ai parlé dans mon blog) , c'est la clairvoyance du coeur et de l'âme : oui, nous devons nous unir pour le pire quand nous savons que nous allons vers le pire, nous devons plus que jamais être attentifs l'un à l'autre sans vouloir l'étouffer, se l'approprier 24H sur 24,mais être cependant toujours présent : oui, je suis là, oui, je serai là tant que je pourrai, oui je t'aimerai ainsi parce que tu m'aimes de même... Dur, DUR, certes... mais l'abandonnisme, hélas est une réalité. Et, voyons, qui sur ce site peut dire : je vais confiant/e dans mon avenir de vieux, de vieille... Allons, laissez-moi rire... Le fabliau du M.A. "la couverture" est toujours d'actualité...