Les seniors face au VIH

Les seniors face au VIH

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Il n’y a pas d’âge pour s’aimer, bien au contraire, de nombreuses études montrent que le sexe est un excellent élixir de jouvence ! Il semblerait malheureusement qu’en France, les séniors ne soient pas assez sensibilisés aux risques de contamination par le VIH.

 

Un constat amer 

Les résultats d’une étude publiés par Santé Publique France à la fin du mois de novembre à la veille de la Journée Mondiale de Lutte contre le SIDA pointent l’augmentation quasi constante des cas de contamination par le VIH chez les personnes de plus de 50 ans entre 2008 et 2014 avec une stabilisation à partir de 2014.  La progression est estimée à 22% sur cette période. Parmi les quelques 6000 personnes ayant découvert leur séropositivité en France en 2016, 20 % d’entre elles étaient âgées de plus de 50 ans. Même si les 25-49 ans restent les plus touchés par le virus, on note pour cette tranche d’âge une diminution de 14% des découvertes de contamination entre 2008 et 2016. Le même article souligne que parmi les seniors ayant découvert leur séropositivité en 2016, la tranche d’âge la plus touchée est celle des 50-59 ans, les 60-69 ans représentant 23 % et les 70 ans et plus 4%. Les trois-quarts des seniors touchés sont des hommes, répartis à part quasi égale entre les hommes ayant eu des rapports homosexuels (47%) et hétérosexuels (51%). Ce constat différencie les hommes seniors des hommes de 25-49 ans dont 66% ont contracté le virus lors de rapports entre hommes.

 

Des dépistages trop rares et trop tardifs

L’étude souligne qu’une proportion élevée de seniors ayant découvert leur séropositivité en 2016 n’avait jamais effectué de test de dépistage auparavant (48% contre 42% chez les 25-49 ans). D’autre part, même si le taux de détection du virus à un stade avancé de l’infection a diminué chez les seniors au cours de la dernière décennie, il reste encore trop élevé.

Ces diagnostics tardifs empêchent malheureusement la prise dans des délais raisonnables d’antirétroviraux capables de bloquer certaines étapes du cycle de multiplication du VIH. Et l’on sait aujourd’hui que ces traitements sont également susceptibles de limiter fortement la transmission du virus s’ils sont pris à un stade précoce. En ce qui concerne l’usage du préservatif, Santé Publique France fait référence à l’enquête Baromètre 2016 dont il ressort que si les seniors hétérosexuels pratiquent moins le multipartenariat « ou le fait d’avoir eu un nouveau partenaire dans les 12 derniers mois » que les plus jeunes,  ils utilisent aussi moins les préservatifs (49% vs 79% des 25-49 ans).

 

Comment expliquer cette trop faible vigilance ?

Une enquête intitulée « VIH et seniors » réalisée par OpinionWay en 2014 pointait le manque de sensibilisation des séniors au VIH. Ils se considèrent bien informés mais 12 % seulement de la tranche 50-70 ans déclarent « se sentir concernés » par le VIH. Ils ne s’estiment pas faire partie des populations les plus à risque. Comment expliquer ce phénomène ? Il semblerait qu’une certaine banalisation du VIH se soit installée due au succès des antirétroviraux et à l’allongement de l’espérance de vie des personnes séropositives. D'autre part, si certains seniors de la tranche des 50-60 ans - la plus touchée - ont été sensibilisés jeunes au VIH au plus fort des années SIDA, à partir des années 80, on peut penser qu’un bon nombre d’entre eux étaient déjà installés dans une vie de famille stable et se sont éloignés des questions de la protection et du dépistage. Pour le Dr Cédric Arvieux, médecin infectiologue au CHU de Rennes, les personnes prenant le plus de risques sont les cinquentenaires qui divorcent : « L'une des situations de contamination fréquemment observée est celle des couples qui se séparent, à 40 ou 50 ans. Les ex-conjoints ont de nouveaux partenaires sexuels, alors qu'ils ont perdu l'habitude de mettre un préservatif, considéré comme lié à la sexualité des plus jeunes. Ils prennent donc des risques avec ce nouveau partenaire et ne vont pas être amenés à être dépistés par la suite ». Il pointe le rôle essentiel mais encore trop faible joué par les professionnels de santé auprès des seniors pour les sensibiliser aux risques encourus. Les soignants parlent plus difficilement de sexualité avec les plus âgés, ce qui montre que la sexualité des seniors reste un sujet tabou dans notre société. D’autre part,  ils ont tendance à percevoir les seniors comme étant plus stables, ‘installés’ et donc moins à risque que les jeunes. Selon le Dr Arvieux, les soignants passent souvent à côté de l’éventualité d’une contamination par le VIH et proposent donc trop rarement un dépistage : certaines pathologies fréquemment développées par des personnes séropositives comme l’infection pulmonaire ou le Zona sont aussi plus fréquentes chez les personnes plus âgées. Il semble donc urgent que l’état mette en place des campagnes de prévention et de sensibilisation plus ciblées.

Rappellons qu’il existe aujourd’hui deux nouveaux « outils » de prévention importants :

Un test de dépistage rapide (TROD) qui permet d’avoir un résultat en 30 mn et qui est totalement fiable 3 mois après une exposition éventuelle au VIH ; un traitement post-exposition diminuant le risque de contamination suite à un rapport non protégé, à prendre dans les 28 jours suivant l’exposition.Toutes ces informations et bien d’autres encore sont consultables sur le site de Sida Info Service.org. Pensez à vous protéger et à vous faire dépister !

Et vous-même, vous sentez-vous concerné(e) par le VIH ; assez informé(e) et sensibilisé(e) ?

Est ce un thème que vous abordez facilement avec vos partenaires et avec le personnel médical ? Avez-vous déjà été approché(e) par ce dernier à ce sujet ? Votre vécu ainsi que votre analyse nous intéressent !  

 

Photo © Fotolia – Auteur : Natali_Mis

 

charlotte4575, 10.01.2019