Le baiser, c'est la vie

Le baiser, c'est la vie

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Au début, il y a ce petit baiser, déposé par les lèvres sur la peau, le baiser des parents à leurs enfants, des amis à leurs amis, et même des vassaux à leurs seigneurs. Il serait né, ce baiser, de l'usage très ancien des mères de mastiquer la nourriture qu'elles glissaient ensuite dans la bouche de leur petit. Un grand nombre d'espèces procédant ainsi - lions, singes, pingouins, etc. - on ne voit aucune raison pour que les humains se soient distingués. Une autre piste anthropologique voudrait que les mêmes humains aient eu l'habitude de se lécher le visage pour en absorber le sel. Dans un cas comme dans l'autre, on peut au moins relever le caractère mythique de l'opération : le baiser, c'est la vie. 

Dieu, quand il donne la vie à la statuette d'argile qu'il vient de modeler, pose ses lèvres sur celles d'Adam, et souffle. Ce baiser sauveur sera répété mille fois et dans mille contextes au cours de l'Histoire, du baiser du prince charmant à sa Blanche-Neige endormie au baiser d'anthologie du héros à l'héroïne noyée dans Abyss, de James Cameron. Il faudrait aussi mentionner le bouche-à-bouche, ce baiser régulier enseigné dans les stages de secourisme, et même la courageuse succion qui extrait de la plaie le venin que le serpent vient d'y injecter. 

 

Quand embrasse-t’on ?

Le baiser (r) éveille à la vie, il soigne, quand il n'est pas prière ou magie. Du parent qui embrasse le petit bobo de son pauvre chéri à la jeune fille indienne qui embrasse le cobra qui lui fera trouver un mari, en passant par les millions de pèlerins de toutes obédiences qui embrassent des pierres et des pieds de statue, les joueurs qui embrassent leurs dés avant de les jeter ou les convives qui s'embrassent sous un gui druidique, le baiser est la véritable panacée, univers parallèles compris. Car on ne peut passer sous silence les baisers des saints aux lépreux et autres affligés dégoûtants, ni les baisers des rois de France qui sortaient une fois l'an soigner les écrouelles. Je suis curieuse de voir ce qui se passerait si nos édiles allaient de temps à autre embrasser les Français qui vivent des situations difficiles, plutôt que de se rendre sur place pour les traiter de noms d'oiseaux. 

 

Qui s’embrasse ?

On s'embrasse partout et de tout temps, chez les Chinois, les Grecs, les Romains, les Indiens, les Arabes, les Mélanésiens, et dans tout un tas de tribus. Les appositions des lèvres sur l'épiderme obéissent à des codes sociaux variés. On n'embrasse pas pareillement amis et étrangers, puissants et vassaux, rois et esclaves, aînés et benjamins. Certains peuples préfèrent se frotter le nez - Polynésiens, Inuits, Maori. D'autres se reniflent les mains, comme les Capaya d'Equateur. Dans certains coins de Nouvelle-Guinée, on passe la main sous l'aisselle de son visiteur avant de la frotter sur soi. Et si en Occident on ne craint pas d'appliquer ses lèvres sur les joues (de une à quatre fois) - voire sur les lèvres en Russie - outre-Atlantique on préfère lancer un petit baiser dans l'air à proximité de la joue. Dans de nombreuses contrées, on s'embrasse nez contre nez, de manière à respirer l'air de l'autre, et son odeur. Les variantes sont nombreuses, l'abstinence, rare. Les humains dans leur majorité se saluent et s'honorent avec les lèvres. 

 

Le vrai baiser

Tous ces baisers de circonstance frappent bien peu l'imagination en regard du vrai baiser, du baiser pour de bon, du baiser des amoureux. S'il n'est pas sans rapport avec les précédents, il ouvre à un autre commerce. Donné et reçu en signe de désir, sinon en gage d'amour, il sert de prélude dans la plupart des cas à la panoplie complète des ébats amoureux. 

Tout le monde aime ça, depuis l'origine des temps, et partout sur la Terre, à l'exception toutefois de quelques groupes humains révulsés par le caractère antihygiénique de l'opération (en Afrique du Sud, par exemple), ou des tribus éthiopiennes dont les plateaux labiaux interdisent ce genre de divertissement. Nos cousins les bonobos nous sont bien plus proches que les chimpanzés - ils pratiquent l'amour face à face : ils s'embrassent eux aussi, et avec zèle, au point qu'un pensionnaire du zoo de San Diego, submergé par l'affection, a gratifié son gardien d'un baiser profond. 

 

Les délices du baiser

 Un baiser, c'est un feu d'artifice. La machinerie est articulée par plusieurs pièces complémentaires, et toutes sensibles. Les lèvres, d'abord, exceptionnellement érogènes. Chez une femme, seul le clitoris rivalise en terminaisons nerveuses. Le déclencheur serait situé entre l'attache du nez et la bouche, sous la forme d'un petit canal recourbé, le nadi. Voilà pourquoi le Kama-sutra recommande de prendre un soin tout particulier de la lèvre supérieure (mordiller, caresser, mordre). 

Après les lèvres, la langue, long organe musclé capable de mouvements précis et rythmés, parsemé d'une dizaine de milliers de bourgeons gustatifs. "Tes lèvres distillent du nectar, ô ma fiancée, du miel et du lait sont sous ta langue": le Cantique des cantiques ne peut mieux dire. En fait de miel et de lait, une bouche (propre) renferme des milliards de bactéries, nettement plus qu'un sexe (propre). L'ensemble nourrit un élixir qui ressemble aux sécrétions génitales, et dont les vertus n'ont pas échappé aux spécialistes, des taoïstes chinois aux alchimistes européens. L'élixir n'est autre que la bonne vieille salive, l'ambroisie de l'Olympe, la liqueur des amants. 

Allez, embrassez-vous, le baiser c’est la santé ! Qu’en pensez vous ?

 

D’après la journaliste et écrivaine Marie Desplechin

 

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/sexualite/le-baiser-c-est-la-vie_483106.html#03hSImM4Kq0wJxWy.99

 

Photo : Psyché ranimée par le baiser de l'Amour, Marbre, Musée du Louvre, Antonio Canova , 1793, photo d'Éric Pouhier (mai 2007)

Betty_Nelly, 04.02.2014

Mysweetlord
0 | 14.11.2020 09:55

Chère Amélie , votre sujet est très agréable et sympathique ! Mais le thème est " le baiser , c'est la vie " . Bien sûr , il existe des centaines de façons de montrer à une personne ou bien à un animal que nous avons de l'amour pour eux . Effectivement , certains mots simples , certains gestes simples peuvent avoir un impact très fort et très puissant . Mais je le répète , chère Amélie , qu'effectivement , à condition d'être aimant dans le sens le plus large , le plus profond , le plus sincère ou le plus serein , " le baiser , c'est la vie ".

Mysweetlord
0 | 13.11.2020 19:46

Oui le baiser est magique ! Il est tout ce que l'on peut imaginer car il est inimaginable !!! Il est doux , somptueux , profond , pénétrant , envahissant et devient une offrande merveilleuse et un prélude exceptionnel . Ce que ne dit pas Hélène (sans les garçons) est que les milliars de bactéries renfermées n'ont aucun effet négatif sur la santé . Alors , ne vous gênez pas si vous en avez l'occasion ! Oui Amélie , le baiser c'est la VIE ! C'est le plus beau , le plus grand , le plus délicieux des feux d'artifice ! " À consommer sans aucune modération !!! " .

AMELIE97
1 | 16.08.2020 04:33

Je rerecorrige la fin (mot sauté) :pas aussi "veaux" que nous.

Si baiser et le baiser c'est la vie, s'astreindre du et de baiser, c'est la mort. Avis aux veaux, restez veaux et continuez à têter le lait de votre maman, c'est tout ce qu'on vous autorise mais n'en demandez pas plus aux nourrices autorisées..

AMELIE97
1 | 15.08.2020 04:19

Je corrige (excusez-moi du dérapage):

et même de masser une main, un genou, un pied ...

Quoique le mot messe qui est venu du clavier mal touché, je le trouve bien approprié : effectivement les petits gestes d'amitié, de familiarité familiale, de plaisir d'approche sont autant d'offrande, de prière, tout comme la ferveur renouvelée d'une messe vivifante appropriée appliquée pour le corps, le coeur et le bien-être.
Je dirais même que notre vraie religion humaine (ce qui relie le monde dans sa totalité, quelle que soit la contrée), c'est justement celle de l'approche d'un geste donné à tout être qui veut la paix et la joie et le réconfort, autrement dit la santé.

Est-ce qu'il existe des sites de rencontre qui, même en temps de coronavirus, ou autre danger sanitaire (car qui oserait dire qu'il/elle se porte bien, étant privé depuis 5 mois de telles approches ?) permettent de recevoir et de donner ces petits gestes ? Merci de me le dire.

ET MERCI à NOTRE SITE DE PUBLIER un TEL ARTICLE EN CETTE Période de diktats contre les baisers !!!! Merci habitants de Munich... Berlin.... Pas aussi "veaux" nous...

AMELIE97
1 | 14.08.2020 17:29

Il y a longtemps que j.ai protesté contre les ennemi/e/s du bisou. En fait ces gens là sont entourés le + souvent de chaleur affective, que ce soit celle de leurs animaux de compagnie , celle de personnes qui vivent temporairement ou souvent avec des + plus jeunes ou qui ont des rencontres familiales... Le cotoiement peut se passer de baiser, de bisou, de gestes gentils , d étreinte parce que la bonne humeur , la cordialité confiante , l'écoute ou l.entraide sont facilités par la proximité qui n.est pas appropriation ni captage. Mais mais mais... il y a tout de même des êtres en solitude privés de contacts. Et que cela fait du bien de mettre la main sur l'épaule. De prendre la main . La taille juste un instant. Un bisou même sans toucher ( perso mon rouge m.en empêche et m.en garde en société)... et même de messe une main. In genou. In pied.... si je vous disais que rien que d.evoquer ces petites marques d'amitié et d.affection et d.attention en écrivant mon commentaire cela me manque tellement que j.en ai chagrin et larmes en coin...

midoumiel
2 | 14.04.2014 07:25

tout à fait d'accord avec Doraida
il donne du boheur , on en a tous et toute besoin 

poesie56
2 | 10.02.2014 19:25

un baiser au sens vrai ,profond il ne faut pas le chercher sur ce site (et de chair et marbre je le sculpterais comme RODIN, INTEMPOREL!!!!)
quoique un baiser virtuel est gratuit et sans engagement et sans sensation!!!!!

doraida27
2 | 07.02.2014 20:21

très joli ... plein de douceur sous entendue ... très bien écrit
 

djo342
3 | 06.02.2014 12:10

Un baiser a tout perdre qu'est ce?
un serment fait d'un peu prés, une promesse
plus précise, un aveu qui veut se confirmer
un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer

C'est le secret qui prend la bouche pour l'oreille
un instant infini qui a un bruit d'abeille
une communion ayant un gout de fleurs
une façon d'un peu se respirer le coeur
et d'un peu se gouter au bord des lèvres l'ame..

Edmond Rostand