Le jeunisme, un phénomène inéluctable ?

Le jeunisme, un phénomène inéluctable ?

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Avec l’augmentation de l’espérance de vie depuis ces dernières années - environ 83 ans pour les femmes et 76 ans pour les hommes - l’approche de la vieillesse n’est plus vécue de la même manière qu’auparavant. En effet les progrès de la médecine et de la recherche ont permis de rallonger la vie, mais surtout de vivre mieux et par la même occasion de conserver un corps sain et une apparence « qui fait jeune »… à tel point que cette quête a tendance à se muer en obsession pouvant s’avérer destructrice.

Comment accepter pour un individu de se voir vieillir, alors que le jeunisme prédomine dans une société ou l’apparence prime ?

 

Des marchés en pleine croissance

Trois marchés relatifs au jeunisme sont en augmentation constante depuis plusieurs années :

- la cosmétique : les femmes de plus de 40 ans consomment en moyenne 4 produits anti-âges par an et les soins anti âge affichent une croissance supérieure à celle du marché de soins en général.

- la chirurgie esthétique : malgré leurs prix élevés, les actes de médecine esthétique ont été multipliés par 7 en 10 ans.

- et l’alimentation : il est clair désormais que l'alimentation a une influence sur notre espérance de vie et ceci explique la diversification des aliments et le développement des produits bio.

Ces trois secteurs suffisent déjà à témoigner de l’impact grandissant du jeunisme dans notre société. Nos sociétés contemporaines sont aujourd’hui régies par l’image que l’individu donne de lui-même. La publicité ne fait que nous rappeler cette nécessité : stars au physique parfait et éternellement jeune ou bien produits de beauté anti-âges toujours plus sophistiqués…

Mais le besoin de paraitre jeune est plus qu’un aspect esthétique, c’est aussi une façon de s’affirmer, pour garder sa place dans la société. En restant d’apparence jeune, l’individu tente de lutter contre la peur de l’exclusion et de la mort.

 

Un phénomène sociologique nouveau

Le terme « vieux » est devenu péjoratif et nous le rattachons maintenant à une déficience physique et morale, alors qu’auparavant, il s’agissait d’un signe de sagesse et d’expérience qui imposait le respect. Les femmes ont été les premières touchées par cette dictature. Mais les hommes ne sont maintenant plus épargnés : cheveux gris, rides et calvities ne font plus parti du canon physique actuel. L’homme se doit comme la femme de se préserver, et cela pour deux grandes raisons : sa vie professionnelle et sa vie sociale.

En effet, les entreprises préfèrent recruter un jeune qui apporte de la nouveauté, de la fraicheur et du dynamisme. Et concernant la vie privée, les choses ont aussi changé. Les femmes travaillent davantage et accèdent donc à une autonomie financière. Pour cela, les hommes ne peuvent plus se prévaloir par leur simple statut social. Ils doivent donc prendre soin d’eux pour continuer à plaire, au même titre que les femmes.

Le jeunisme révèle une société de plus en plus individualiste, traduisant un narcissisme surdéveloppé et surexploité. La démultiplication de miroirs dans les magasins et ailleurs nous renvoie constamment notre image et favorise le développement d’une société d’apparence.

Toutefois, il existe des moyens de lutter contre ce terrorisme.

 

Une dictature à combattre

Dans son livre publié en 2013, Le Bel Âge, Régis Debray se demande si nous sommes tous condamnés au culte de la jeunesse. Pour lui, l’adaptation au monde high-tech prétextée par les jeunes, nous fait renoncer à tout projet à long terme : "survivre, c'est aller au plus court". Le risque à la longue est de ne plus vivre que dans l'urgence et le stress, l'inconstance et la superficialité. Que faire donc pour résister ?

L’écrivain nous propose une piste : cultiver la nostalgie (ne pas la confondre avec les regrets) et veiller "à ne perdre aucune occasion de se faire jeter du train". En somme, rester spontané et garder le goût de l’aventure et de l’inconnu. Cette proposition de vie exige du temps et fait la part belle à l’expérience. Elle ne va pas sans rappeler les deux fameux vers de Victor Hugo : "Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens, / Mais dans l'oeil du vieillard on voit de la lumière". Le vrai jeune n'est pas toujours celui que l'on croit.

 

Et vous, avez-vous l’impression de subir également cette dictature du jeunisme ? N’hésitez pas à commenter cet article pour nous faire partager votre expérience et votre point de vue.

 

Photo : capture d'écran du dessin animé "Blanche neige et les 7 nains" de David Hand (1937)

Betty_Nelly, 16.01.2014

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