Les commérages

Les commérages

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Les scientifiques estiment à environ 65% le pourcentage d'informations échangées chaque jour portant sur d'autres personnes. Entre amis, au travail, chez le coiffeur, les ragots nous accompagnent tout au long de la vie, hommes et femmes confondus.  Rien de très inquiétant puisqu´une grande partie de tout ça est de l’ordre du second degré. Les commérages sont comme un fil d'actualité de la vie des autres, une sorte de „veille informationnelle“. Or le ragot prend une tournure ambigüe et moralement très discutable lorsque de simples propos se transforment en propos malveillants dans le but de détruire une personne. Mais au fait, pourquoi commérer ?  Le cancanage est- il ancré dans nos gènes? Quelle peut-être sa nécessité ?

 

Renforcer la cohésion de groupe

Cancaner, commérer, potiner, jaser :  à bien y réfléchir parler de quelqu’un en son absence, ça ne se fait pas. Pourtant à en croire Norbert Elias, sociologue allemand, ayant fait des recherches entre 1958 et 1960 sur les habitants d´une petite ville  britannique, le commérage serait un formidable vecteur de lien social. Il souligne  qu´une communauté soudée a besoin d’un abondant flux de potins pour faire tourner ses rouages et qu´elle possède un système élaboré de centres de commérage : à l’église, au pub, dans les clubs, au théâtre etc.  Bien que cela puisse paraître léger et futile, l´échange d'opinions sur les faits et gestes des autres participe à la régulation de la vie sociale. Ainsi lorsqu´on casse du sucre sur le dos de quelqu’un, c’est généralement pour renforcer la cohésion d´un groupe en insistant sur les raisons pour lesquelles „l´autre“ n’en fait pas partie.  Partager de l'information négative concernant une tierce personne a un effet dissuasif, dans le but ultime de protéger le groupe. En revanche dans une communauté moins soudée, l’effet « potins » n’existe pas. „On n’épouille bien que les singes dont on est proche“.

 

Renforcer l´image de soi

Commérer, c´est répondre à un besoin de se comparer et de se valoriser par rapport à l’autre, une façon subtile de dire : «Il/Elle n’est pas mieux que moi, puisqu’il/elle a fait ça. »  D’ailleurs, une étude du journal britannique Daily Mail affirme que c´est une façon ingénieuse de se persuader qu’il y a pire que soi ! Enfin ce serait un moyen détourné de se faire justice, de se venger en „frappant“ avec les ragots. En creusant un peu, on conviendra que derrière le commérage, il y a une volonté de se faire entendre et un éternel besoin de se rassurer et de se conforter dans nos qualités en nous focalisant sur les défauts des autres. Nous privilégions les discussions au sujet de personnes qui ne sont pas comme nous et qui en quelque sorte transgressent nos normes. Le commérage sert aussi à se situer par rapport aux autres, à vérifier des opinions.  Rassurant, le cancanage donne l’impression d´avoir des points de vue commun, des critiques communes, et des ennemis communs. Trouver des défauts aux autres, cela veut dire qu’on a le droit d’avoir les nôtres.

 

Internet : le summum du commérage

Quoi de mieux que d’aller jeter un oeil sur internet pour assouvir sa soif de curiosité et dénigrer les autres ?  Il est ainsi „dans l´air du temps“ de taper le nom de quelqu´un sur Google afin d´obtenir des informations. Internet renforcerait la tendance ancestrale que nous avons à parler des autres : quelle aubaine de partager des ragots avec des habitants des quatre coins du globe derrière un écran ! Les messages y circulent davantage et chacun est à même de les commenter.  Par exemple, la langue de vipère nouvelle génération maîtrise l’art du «subtweeting». L’opération consiste à parler de quelqu’un, sur Twitter, en le citant mais sans le mentionner avec le «@» : la personne concernée n’est pas directement informée de ce qui se dit à son sujet. Connaissez- vous le „Shadenfriending» ? C´est la contraction du mot allemand „schadenfreude“ (mauvaise joie) et de l´anglais „friend“ (ami). Il s´agit d´une version silencieuse de la critique. On ajoute une personne que l´on méprise à son réseau, Facebook par exemple,  afin d´espionner les faits et gestes de celle-ci. Soit le mal-être de la personne procure un certain soulagement voire un certain plaisir ou bien au contraire son bien-être rend jaloux. Serions-nous addicts à ce qui ne vole pas très haut, accros à la médiocrité ? 

 Selon Olivier Glassey, sociologue et spécialiste des nouvelles technologies, la fascination ne porte pas sur le médiocre, mais sur ce qui sortirait de l’ordinaire.  On ne cancane pas forcément pour casser la réputation de quelqu´un ou pour le malin plaisir de le dénigrer mais pour avoir des sujets sur lesquels échanger.

Qu´en pensez-vous ?

 

Photo © Fotolia – VILevi 

Betty_Nelly, 03.11.2016

framboise7071
0 | 06.11.2016 10:27

Je peux témoigner que le commérage peut briser un couple. Répondre aux questions pourquoi vivez vous ainsi ou ne pas y répondre ne change rien... Les commérages et cancanages au sujet du couple non conventionnel que je formais avec mon compagnon ont fini par le fissurer lorsque celui ci(qui vit loin de moi sans que cela ait posé problème entre nous pendant 14 ans),s'est mis à prendre à son compte les commentaires qu'il entendait de son groupe dit "d'amis" auxquels il s'accrochait très fort lorsqu'il était seul et qu'il privilégiait lorsque je venais le retrouver. Influencé par ces/ses "conseillers" et "commentateurs" de notre vie, il me les imposait et ne savait/voulait plus vivre en couple. Il me dénigrait en privé et parfois aussi devant eux de telle sorte que j'appréhendais de plus en plus d'aller le retrouver sachant qu'il allait pointer du doigt nos différences et en parallèle sa similitude avec ses "amis" réfutant ou n'écoutant pas mes arguments et mes tentatives de "disculpation" Cercle vicieux. Perte d'estime de moi. Fin, très douloureuse pour moi, de notre histoire.

robanne
2 | 04.11.2016 07:22

L'être humain est bardé de mauvais instincts que l'éducation, l'instruction, s'efforce de contenir. Les limites étaient fixées par les autres personnes fréquentées dans la vie réelle, jusqu'à un certain point. Ces limites n'existent plus sur internet et les humains peuvent s'en donner à coeur joie dans la médisance, les calomnies, les ragots en tout genre, sur une échelle inégalée, sans la limite imposée par certaines bonnes âmes.
Peut on néanmoins considérer que ces expressions maléfiques jouent un rôle libératoire?

  
 

mimosa13
2 | 03.11.2016 11:55

vaste sujet !
ce n'est que le reflet de la Société malheureusement...
Si on est pas "bien" avec la "bonne" personne on sera mis à l'écart, critiqué, etc... ces gens ont beaucoup de temps à perdre mais le pire c'est le mal qu'elles font