Un p'tit apéro ?

Un p'tit apéro ?

9 | 656 Consultations

Malgré le confinement forcé lié à la crise sanitaire, il est un rituel qui se porte bien : celui de l'apéritif, devenu pour l'heure virtuel ! Si le mot est aujourd'hui rattaché à l'idée de boisson alcoolisée, l'apéritif est originellement un médicament. En effet, cette tradition vieille de plusieurs siècles, destinée à « porter la santé » à l'autre, est liée à l'histoire médicale et s’est démocratisée, entre autres, lors de la colonisation de l’Afrique. Nous évoquerons dans cet article l’origine de l’apéritif, son apparition en France, sa consommation au temps de la colonisation pour finir avec ce qu’il symbolise le mieux : un moment de convivialité. 

 

Étymologie et origine

L'étymologie du mot « apéritif » vient du latin aperire qui signifie ouvrir, à savoir ouvrir les pores de la peau pour éliminer toutes les toxines du corps. Dans la langue française au XVIIIe, le mot apparaît d'abord comme un adjectif. Rousseau par exemple disait : « Le lait doit être presque apéritif » (= utilisé comme substance médicamenteuse). Et lorsque le substantif arrive dans la grande Encyclopédie de Diderot en 1751, il est défini comme un « médicament qui ouvre les voies de l’élimination ».  L’apéritif sera longtemps associé à l'idée de bien-être. Il faut attendre le début du XXe siècle pour voir des médecins le remettre en question. En effet, avec la montée en puissance de l’industrie de la distillation, l’apéritif arrive à des taux d’alcool assez importants, (40, 45 °), ce qui évidemment inquiète le monde médical de l’époque. Au XVIIIe siècle, l'Italie sera pionnière sur la production et la consommation d'apéritifs, notamment avec son vermouth né dans le Piémont, à Turin : on trouve en particulier le nom de Cinzano, une famille de liquoristes, regroupée dans des confréries appelées des universités. Cette famille fabriquait des liqueurs vendues uniquement à Turin et ses alentours. Leur liqueur, ancêtre du vermouth, est composée d’armoise, de dictame, de cannelle et de girofle. De nombreux autres fabricants sont originaires de cette région, comme Martini et Rossi, qui y fondent leur distillerie en 1863. En 1860, la distillerie Campari voit le jour en produisant sa liqueur amaro à base d’herbes, de racines, de fleurs, d’écorces, de zestes d’agrumes et d’autres épices.

 

Les premiers apéritifs à base de plantes en France

C‘est dans les régions montagneuses, en Savoie, pays de plantes et d'herbes, que l'on trouve d'abondantes traces des premiers apéritifs. On y avait l’habitude de distiller les herbes telles que l’absinthe, l’anis, la gentiane dans de l’alcool pour en faire des « médicaments » - ce serait seulement par la suite que ces breuvages auraient été consommés pour le plaisir. Dans l'Hérault, en 1811, un certain Joseph Noilly s'aventure à faire macérer des herbes des Pyrénées et du Languedoc dans du vin de la région. Il créa ainsi son fameux vermouth Noilly, une catégorie particulière d’apéritif à base d’absinthe, caractérisé par son goût amer. 

 

La démocratisation de l'apéritif

En 1846, Joseph Dubonnet, négociant en vins et spiritueux à Paris, créa un vin pour lutter contre le paludisme. C'est le début des campagnes coloniales africaines, et la Légion étrangère doit affronter les hordes de moustiques des marécages d'Afrique du Nord. Dubonnet utilise un nouveau produit, un vin de quinquina, arbre dont l’écorce est très riche en quinine, antipaludéen naturel. Son breuvage soigne les fièvres. La négociation de ce vin contribue à démocratiser l’apéritif, les militaires ayant popularisé son usage, notamment avec la conquête de l’Algérie et la consommation d’une absinthe venue de Suisse via le Jura.  L'alcool aurait été un formidable « instrument de conquête militaire »…

 

Éternel symbole de convivialité

L’apéritif reste le symbole de convivialité par excellence et peut se décliner de différentes manières, par exemple en « apéritif dînatoire ». Sans pour autant sortir le service des grands jours, l’apéritif dînatoire est une solution très appréciée : on se retrouve entre amis ou en famille de façon informelle, et on picore autour d’un buffet garni de petites gourmandises salées et sucrées. En cette période de pandémie, alors que la crise sanitaire contraint chacun au confinement, un certain nombre d'entre nous partagent l'apéritif par écrans interposés, une façon parmi d’autres de faire perdurer ce moment propice à la convivialité, à l’échange et à la décontraction pour tenter d’oublier, du moins pendant quelques heures, cette période si compliquée…

Portons un toast ensemble, à notre santé, et pourquoi pas dans une autre langue ;-) ! :

En italien : « Salute ! »

En allemand : « Zum Wohl ! » ou « Prost !»

En anglais : « Cheers ! »

En espagnol : « Salud ! »

En russe :  « Na zdorovie ! »

En japonais : « Kampaï ! »

Ou encore en hongrois (bon courage pour la prononciation !) : « Egészségedre ! »

 

Faites-vous partie de ceux qui, malgré le confinement, organisent des apéros virtuels ? Que symbolise pour vous le moment de l’apéritif ?

 

 

Photo © Adobe – Auteur :  Евгений Вершинин

Betty_Nelly, 04.03.2021

SYRAHNO
0 | 06.03.2021 17:48

Le meilleur apéritif, pour moi, est le champagne. Avis aux amatrices !!

AMELIE97
2 | 04.03.2021 17:02

Non, je ne fais pas partie de ceux et celles qui organisent des apéritifs virtuels pendant le confinement, et je n'y participe pas non plus (je veux dire aux apéritifs virtuels, ceux où l'on se voit sur écran entre amis chacun levant son verre où il aurait pu mettre n'importe quoi d'autre qu'un apéritif, et montrant ce qu'il aimerait partager avec ses amis, cake salé, punch maison, etc...).
Oui je trouvais les apéritifs dinatoires très pratiques dans le temps. Et j'aimais inviter à un apéritif dinatoire tout simplement parce que la cuisine je la ratais souvent, mais les toasts de toute sorte, jamais je les ratais.
J'avoue que mes rencontres ici qui tournent autour de ce rituel, je les aime et les fuis en même temps.
Je les aime parce que les gens sont très décontractés, peu à peu la gaité simple s'installe ; on ne va pas jusqu'à l'ivresse ni jusqu'à l'indigestion ; ce que l'on partage est toujours attirant et succulent parce que chaque personne connaît sa recette qui va plaire et qui est unique. Ici, on n'est pas invité, vous l'avez compris : on est invitant chez celui qui invite, c'est à dire que chacun apporte boisson et/ou préparations au four déjà en parts.
Je les fuis parce que à chaque fois, les quelque 500 grammes que j'étais en train de perdre vont se doubler en poids ... Mais ça c'est mon problème et il m'arrive de refuser des invitations pour ce motif mais sans donner ce motif, bien évidemment.
Vous l'avez compris, je suis une épicurienne de l'apéro qui tente la frugalité une fois sur deux...